Outré par les récents évènements survenus à Lyon ce samedi 14 mai, je lance un message de colère à la limite du désespoir à qui voudra l’entendre.
Nous sommes sans nouvelle de notre ami J. interpellé samedi à Lyon suite à la contre manifestation organisée par divers mouvements anti-racistes et partis ou organisations de gauche.

Le but était de réagir à la tenue d’une mani­fes­ta­tion de nervis de l’extrême droite radi­cale, la même qui, depuis des mois, s’orga­nise à Lyon notam­ment, via des réseaux fran­çais et euro­péens tels blood and honor. Ces grou­pus­cu­les, sous cou­vert de déno­mi­na­tion d’asso­cia­tions cultu­rel­les natio­na­lis­tes, sont en fait des lieux de ras­sem­ble­ment de la frange radi­cale de l’extrême droite, que je pré­fère per­son­nel­le­ment appe­ler grou­pus­cu­les néo-nazis, car même si visi­ble­ment le terme dérange médias et poli­ti­ques, il ne s’agit de rien d’autre que de mou­ve­ments clai­re­ment extrê­mis­tes et ultra. J’en veux pour preuve les concerts, vidéos, photos et autres, qui témoi­gnent abso­lu­ment sans équivoque du carac­tère anti­sé­mite, isla­mo­phobe, homo­phobe, xéno­phobe et tant d’autres. Groupes de musi­que néo-nazi invité en concert, affi­ches blood and honor, saluts nazis, et j’en passe.

Pendant ce temps, la presse dans sa grande majo­rité conti­nue de se foca­li­ser, comme le gou­ver­ne­ment, sur les pro­blè­mes de délin­quan­ces et d’iden­tité natio­nale, créant clai­re­ment un climat de ten­sion inter-citoyen, pour ne pas dire inter-racial. Stigmatisation des musul­mans, des jeunes « cas­quet­tes bas­kets », dési­gnés comme seuls res­pon­sa­bles de l’insé­cu­rité fran­çaise. Pointés du doigt également, les milieux alter­na­tifs, asso­cia­tifs, liber­tai­res et plus géné­ra­le­ment d’extrême gauche, accu­sés de mani­fes­ta­tions sau­va­ges, de casse en bande orga­ni­sée, et autres.

Cependant, tout le monde s’accorde à dire visi­ble­ment qu’ heu­reu­se­ment, la police réa­lise un tra­vail excep­tion­nel pour calmer les choses dans ce climat plus que délé­tère.

Il est temps que l’opi­nion publi­que se rende compte de ce qu’il se passe, sous ses yeux, mais masqué par un silence média­ti­que et un pou­voir qui a clai­re­ment décidé de fermer les yeux et de ne rien faire à part lais­ser pour­rir la situa­tion.

Lyon compte à pré­sent deux locaux clai­re­ment iden­ti­fiés comme points de repère de la frange radi­cale de l’extrême droite, et dans son immense majo­rité, néo-nazie. Ces der­niers se livrent, depuis un an, à des actes de van­da­lisme envers des mani­fes­ta­tions cultu­rel­les, des com­mer­ces sup­po­sés appar­te­nir à des pro­prié­tai­res ayant des ori­gi­nes magh­ré­bi­nes ou plus géné­ra­le­ment afri­cai­nes ou nord-afri­cai­nes (devien­drait-ce un crime en France ?), et un nombre de lyn­chage qui aug­mente de plus en plus, plus les mois défi­lent. Ces atta­ques, véri­ta­bles guet apens, sont orga­ni­sés en fin de mani­fes­ta­tions, de ras­sem­ble­ments cultu­rels, ou tout type de mani­fes­ta­tion estam­pillé alter­na­tif, soli­daire etc. .

Les mots lyn­cha­ges, pas­sa­ges à tabac, règle­ments de compte et syno­ny­mes ne sont pas un vague délire de per­sé­cu­tion, ils sont le reflet de ce qu’il se passe réel­le­ment et régu­liè­re­ment, sans que per­sonne ne s’en aper­çoive. La méthode est tou­jours la même : atten­dre la fin d’une mani­fes­ta­tion estam­pillée de gauche, suivre un groupe isolé (fré­quem­ment deux per­son­nes ou trois) se diri­geant vers leur « ter­rain de chasse » (pour le moment essen­tiel­le­ment Villeurbanne et Saint-Jean), et leur tomber dessus. A une quin­zaine contre deux ou trois. Équipés de barres de fer, de batte de base­ball, de ran­gers coquées, et tout type d’objets des­ti­nés à faire mal, à casser, à inva­li­der. Les jours d’Interruption Temporaire de Travail se chif­frent, depuis six mois, en cen­tai­nes d’heures, tout comme les frac­tu­res, notam­ment facia­les. La der­nière agres­sion clai­re­ment fas­ciste semble remon­ter au début / milieu du mois d’avril. On ne sait pas encore vrai­ment com­bien de per­son­nes ont été bles­sées au cours des émeutes néo-nazies de samedi der­niers, mais on parle d’une dizaine de per­son­nes bles­sées, et d’au moins un kebab sac­cagé. Ma der­nière infor­ma­tion du nombre de jours d’arrêts de tra­vail suite à des agres­sion néo-nazies, en cumulé, por­tait ce nombre à 271 jours. Et cela en six mois, ou un an, ce qui est ENORME. Qui en parle ? Presque per­sonne.

Revenons sur la mani­fes­ta­tion de samedi. Visiblement, il ne fal­lait pas être anti­fas­ciste ce jour là. Comment expli­quer que malgré l’énorme dis­po­si­tif poli­cier, notre cor­tège, préa­la­ble­ment coupé en deux par la police, ait pu se retrou­ver coincé sur un pont, avec les CRS char­geant aus­si­tôt et sans som­ma­tion immé­dia­te­ment, à la matra­que et aux gre­na­des lacry­mo­gè­nes et assour­dis­san­tes, et de l’autre côté, les néo-nazis, sans aucun dis­po­si­tif poli­cier de leur côté, ni devant eux, ni der­rière eux. N’est-ce-pas là, une preuve irré­fu­ta­ble que la police avait orga­nisé et pensé cette confron­ta­tion, dans le but de pou­voir arrê­ter un maxi­mum de mili­tants sup­po­sés du monde d’extrême gauche, liber­taire ou anar­chiste ? Comment expli­quer que notre police, citée par notre Président pour son pro­fes­sion­na­lisme et sa rete­nue, pro­cède de cette manière ?

Il ne s’agit pas ici de défen­dre les uns et les autres : je cons­pue ce gou­ver­ne­ment, la police, et les néo-nazis, les ayant tout trois en hor­reur. Mais je n’écris pas un pam­phlet, j’essaie d’expli­quer objec­ti­ve­ment ce qu’il s’est passé, puis­que seules les ver­sions offi­ciel­les pri­ment.

Est ce normal que mon ami J. se fasse arrê­ter parce qu’il cour­rait pour échapper à la charge poli­cière qui venait de nous coin­cer en étau en face des nervis néo-nazis ? En quoi peut on lui repro­cher de porter sur lui un anti­vol de voi­ture pour se défen­dre s’il tom­bait sur un groupe ? N’est ce pas connu de tous que ces grou­pus­cu­les sont les spé­cia­lis­tes de l’atta­que de per­son­nes à l’aide d’objets conton­dants ? N’avons nous pas le droit de nous défen­dre en cas d’atta­que, c’est trop demandé ? Comment expli­quer qu’en voyant mon ami se faire inter­cep­ter, vou­lant aller le cher­cher avant que la situa­tion ne s’enve­nime avec le poli­cier, on me donne comme seule réponse deux bou­cliers, et un flash-ball braqué en plein visage à cinq mètres (je rap­pelle que le flash-ball est létal jusqu’à sept mètres...). Comment pou­vons-nous dire que la police est pro­fes­sion­nelle lors­que que le poli­cier qui me tient en joue d’une manière plus que dan­ge­reuse et somme toute illé­gale, me crie « T’as un pro­blème ? Ben viens, allez viens, on va s’expli­quer ! ». C’est ça, le pro­fes­sion­na­lisme ? La rete­nue ? Pouvez vous conce­voir la rage, le déses­poir même, qu’on res­sent lors­que son ami inno­cent se fait menot­ter devant soi, n’ayant eu que pour seul tort d’être au mau­vais endroit, au mau­vais moment ? Quel était son autre faute ? Être noir peut être ? Toujours est il qu’à l’heure qu’il est, nous n’avons aucune nou­velle de notre ami, qui est en garde à vue depuis samedi en fin d’après midi, pour rébel­lion et vio­lence aggra­vée. Nous sommes restés ensem­ble tout au long de cette contre mani­fes­ta­tion, JAMAIS il ne s’est rebellé, pas même pen­dant son arres­ta­tion qui s’est passé sous mes yeux, et n’a jamais usé de vio­lence, à aucun moment et envers qui que ce soit. Il n’avait même pas son l’objet qu’il trans­por­tait pour se défen­dre au cas où dans la main. Les seules vio­len­ces com­mi­ses ont été per­pé­trées par les nervis d’extrême droite d’une part, et la police de l’autre, qui comme d’habi­tude a chargé les résis­tants au néo-nazisme galo­pant en France et en Europe, usant d’une atti­tude mépri­sante, vio­lente, et contraire à toutes leurs règles et obli­ga­tions.

Je suis révolté par ce climat igno­ble qui règne en France, pays qui encense les résis­tants de la seconde guerre, mais matra­que sans ver­go­gne leurs arriè­res petits-fils qui ten­tent de résis­ter face à une menace néo-nazie réelle et dan­ge­reuse, que tout le monde semble igno­rer, à com­men­cer par l’opi­nion publi­que. Serait-ce pour nous dire que notre combat contre l’into­lé­rance et le racisme est mal ?

J’espère que cette lettre trou­vera écho, quel­que part. J’espère que les gens et les pou­voirs publi­ques com­pren­dront ce qu’il se passe, en bas. J’espère que les auto­ri­tés vont pren­dre cons­cience de la menace que repré­sente ces grou­pus­cu­les d’extrême droite, et de plus en plus sou­vent, la police également.

J’espère que l’on pourra porter très vite secours à mon ami, enfermé depuis samedi soir, vic­time de la volonté d’étouffer la résis­tance face à ce qui nous semble, à nous citoyens fran­çais de toutes ori­gi­nes, un fléau à éradiquer, encore et tou­jours : le néo-nazisme.

Florian.


suite de  la manifestation de samedi à Lyon :  A lyon dans la rue - et sous la pluie - contre les racistes et leurs cochonneries

source :  rebellyon.info