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samedi, janvier 21 2012

Sommaire à bloc! #2

sommaire#2

vendredi, décembre 9 2011

Édito #2

couv#2

Les feuilles ne sont pas encore tombées des arbres, il était moins une pour sortir le numéro d’automne d’À Bloc! Ouf! Il faut dire qu’il a fallu en faire des détours et des choix aussi. Non, rien sur la crise. Pourtant, difficile d’y couper : les patrons des grandes entreprises, dans leur immense détresse, sont obligés de se séparer de leurs derniers ouvriers. Les traders sont devenus aphones à force de crier du fond des bourses privatisées le nom de la dernière valeur bradée. Les financiers ont mal au ventre à force de rire de nous, honnêtes citoyens, qui mois après mois mettons de côté l’argent amassé par notre dur labeur.

Enfin, c’est ce qu’on dit. Car on vous a démasqués, vilains fraudeurs, qui posez des arrêts maladie à foison pour avoir le temps de lire le numéro 2 d’À Bloc!, oubliez de composter vos tickets de transport, donnez au docteur la carte de sécurité sociale de votre sœur pour vous faire prescrire des anxiolytiques. Honte sur vous !

À cause de cette attitude, la France va mal ! Il n’y a qu’à voir ces oisifs qui se délassent sur les chaises du Bon Accueil, en écoutant de douteux saltimbanques ; et comme il est navrant, le spectacle de ces activistes et punks british qui gaspillent leur temps à construire des espaces de liberté et à rendre sourde la jeunesse dorée au lieu de la laisser tranquillement communiquer sur Twitter ; ne parlons pas de ces énervéEs qui, en Israël ou en Italie, osent critiquer nos démocraties modèles ! Et voilà que, non contents, comme on avait pu le constater dans le précédent numéro, de salir les murs de nos villes, les artistes arborent maintenant des tronçonneuses !

Mais où va la France ? Heureusement, la batte de baseball et la matraque sont toujours là pour remettre Peutit Keupon dans le droit chemin…

Et puis, bientôt les élections! Et si les gentils passent, les méchants trépasseront et ce sera le paradis ! Vous aurez alors tout le temps de lire le numéro 3 de notre modeste fanzine!

L’équipe d’À Bloc !

mercredi, décembre 7 2011

à bloc! #2

Novembre 2011 - 56 pages - 3 euros - sommaire :

Rencontres : RedSka : rage & liberté ; Paco, enfant de Crass ; Roland Cros : Macadame massacre à la tronçonneuse

Redstar73, label alternatif ; Jean-Hugues Oppel : entre humour et désespoir

Visites : Rendez-vous à Dial House ; Vegan power au V-Club de Saint-Pétersbourg

International : Bienvenue en Israël occupée ; Zones grises en Allemagne

Et aussi : le roman-photo de Vérole à Paris ; des concerts attaqués par des fachos ;

des punks sur internet ; une nouvelle autour de B. Traven…

Et toujours des dessins, des chroniques, des fausses pubs et les aventures de Peutit

Keupon !

#2

Le projet À Bloc ! :

À l’heure du tout numérique, des individu(e)s de la scène punk anarchiste et

antifasciste ont pris la décision déraisonnable de lancer un nouveau fanzine papier

ouvert à toutes les scènes contre-culturelles, à tous les sujets qui nous inspirent.

Articles d’infos, interviews d’auteurs, d’illustrateurs, de groupes de musique, le

fanzine ne se fixe aucune limite autre que celle de nos envies. Le point de départ

du projet, c’est l’esprit fanzine : retrouver le côté amateur passionné, que ce soit

dans les thèmes abordés, dans le ton ou dans la façon de fonctionner. On parle de

quelque chose parce que ça nous plaît et pas seulement parce que c’est « important

», on essaye de ne pas se prendre au sérieux, et on choisit de privilégier une

diffusion libre.

Contact : abloc@samizdat.net  //  http://punxrezo.net/abloc

lundi, juillet 11 2011

Identité fantôme

Une nouvelle de Riposte
villemartienne

Un coin sombre, l’un des nombreux de Keppler Town, capitale martienne.
Une ombre emmaillotée dans un manteau de tissu grossier remuait en grognant. « Oh, quelle gueule de bois ! » À quelques pas à peine de lui, une flaque de gerbe donnait aux premières lueurs du jour des relents d’hier. Odeur qu’il assimila au goût glissant sur ses papilles avec la texture d’une limace morte. L’alcool qui baignait ses méninges empêchait toute idée cohérente de flotter à la surface de son esprit. De sa main droite, il massa sa nuque qu’une piqûre démangeait, délassa ses articulations et tenta de remettre ses idées en ordre. Le soleil, bien que lointain entamait sa course quotidienne, teintant le gris de la ville de ses pâles rayons orangés. Machinalement il regarda l’heure dans le coin droit de son champ visuel : 8h25 ! Les chiffres clignotaient rouge ! « Merde ! » Il se leva avec peine, comme emporté par une tempête en pleine mer, titubant, s’accrochant aux rares aspérités des murs d’un monde policé. Tiré d’un sommeil qu’il aurait souhaité plus long, il lança tel un robot l’ouverture de ses comptes virtuels : e-mails, réseaux sociaux, Vidéocom’... autant de boîtes dont les mots de passe lui échappaient. Ses doigts semblaient pourtant jouer leurs partitions habituelles sur son clavier virtuel. Mais rien n’y fit. Il se concentra et tenta de sortir du brouillard éthylique les souvenirs des séquences de mots qu’il répétait chaque matin. Dans son cerveau imbibé, les schémas de la mémoire se mettaient à scintiller, dessinant les cartes d’accès à ses identités multiples. Mais les compteurs restaient bloqués : mot de passe incorrect !

« Putain de merde ! Qu’est-ce qui se passe ?  Bon, je file au vaisseau et je règle ça ensuite. » L’homme se mit tout à coup à courir, comme s’il n’avait jamais été saoul, ou plutôt comme s’il pouvait courir dans la tempête qui se déchaînait sous son crâne. Il lui semblait que ses tempes étaient prises dans un étau alcoolisé, écrasant sa capacité de réflexion dans une camisole ouatée. Sa bouche pâteuse perdait haleine dans sa course effrénée vers les docks de la planète rouge. Mais il arriva trop tard, le Yorrike venait de décoller, ses voiles technologiques se gonflaient des vents solaires. L’homme cracha une bordée de jurons aussi noirs que ses poumons de fumeur invétéré. Il tournait en rond sur le quai, sous les regards de quelques badauds amusés. Il en fit taire un d’un direct du droit avant de repartir à toute vitesse. Il s’arrêta enfin, posa ses grandes mains sur ses cuisses, courbé par l’effort, recherchant son souffle dans l’air frais du matin, toussa. Il se redressa et rentra dans le premier rade qu’il avisa, commanda un JB on the rock. Dans un coin au-dessus du zinc, un moniteur débitait ses programmes matinaux, entre horoscopes, conseils beauté et météo martienne. Le flash info débitait en tranches digestes la complexité de l’univers. La planète bleue sombrait toujours un peu plus dans un chaos carnassier tandis que sa sœur rouge s’ennuyait ferme dans son consensus mou. Les deux planètes jumelles se vouaient une haine que seules la distance et leurs dépendances respectives empêchaient de devenir fratricide. L’homme sirotait son whisky, cherchant dans la tectonique des glaces les réponses à ses questions. Il décida que le plus urgent était de rendre visite à son employeur. Mais lorsqu’il présenta son poignet et la puce de paiement sécurisé qui y était implantée afin de régler son sky et le deuxième qu’il avala sec, il subit le même échec qu’avec ses connexions personnalisées. Il ne put que se réjouir que les troquets des ports acceptent tous les types de monnaies... et de ne pas avoir perdu son portefeuilles. Il demanda au serveur de lui prêter son lecteur optique et doucha sa Puce d’Identification Personnelle. Mais quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’apparut en lieu et place de son nom celui d’un certain Jack Black. « C’est quoi cette blague ? » Le présentateur engoncé dans son écran géant appelait les martiens et les martiennes à participer au grand débat que le gouvernement de la planète rouge lançait afin de définir l’identité martienne. L’homme y jeta un œil mauvais et décida finalement de se rendre à son ambassade afin de régler ce problème d’identité.

Le représentant terrien sur Mars était à l’image de son ambassade : sinistre et grandiloquent. L’homme provisoirement affublé du nom de Jack Black connaissait l’ambassadeur pour l’avoir croisé lors de quelques réceptions sur les navires où il avait officié. Il fut reçu par un officier administratif dans un espace carré et fonctionnel, séparé d’un vaste espace de travail par de fines cloisons surmontées d’une caméra de surveillance. En voyant le teint sombre de son interlocuteur, l’agent de la planète bleue se renfrogna quelque peu en lui demandant ce qu’il pouvait faire pour lui. L’homme face à lui se présenta comme Bruno Torsvan, spationaute sur le navire d’une obscure compagnie nord-américaine La Sierra Madre & Co. Lorsque, afin d’établir son identité, l’officier lui présenta un stylo optique, l’homme se couvrit la nuque de sa main. Il expliqua s’être réveillé le matin-même avec une gueule de bois affreuse et un nom qu’il ne connaissait pas incrusté dans la peau. Il expliqua également ne plus pouvoir accéder à aucun des espaces du réseau nécessitant ses identifiants. L’homme de l’ambassade insista pour scruter sa puce et enregistra donc le nom de Jack Black comme celui de son interlocuteur. S’en suivit une discussion où les accents surréalistes du marin se mêlaient à la rhétorique kafkaïenne administrative dans une danse absurde de mots impropres à tout dialogue. L’officier ne pouvant admettre ce que le marin ne pouvait prouver, la discussion finit par exaspérer le marin qui s’en alla, laissant pantois le pantin de l’ambassade. Après avoir calmé ses nerfs sur quelques lampes à air, le marin prit la direction des docks, mais juste avant de descendre la grande avenue Gagarine, il emprunta une petite allée qui serpentait vers une ancienne ferme labo, abandonnée depuis que la planète mère avait coupé le cordon avec sa sœur stellaire. Il avisa un vieux hangar, en poussa les portes rouillées et entra. Une faible lumière provenant d’au-delà des escaliers faisait danser les ombres du squelette métallique de l’entrepôt. L’homme se roula un petit splif et grimpa les escaliers rongés par le temps. Il parcourut quelques coursives et déboucha dans une petite salle recouverte de tapisseries. Des palettes servaient d’étagères improbables à quelques centaines de livres papiers, des tourets vidés de leurs câbles, gravés, imprimés multicolores comme autant de tables encombrées de bouteilles vides et de verres encore à moitié pleins, et de vieux sièges éjectés de navires écrasés avaient jeté l’ancre dans ce musée suranné. Après quelques secondes à embrasser du regard ce dépotoir familier, le marin vit, affalé sur un matelas posé à même le sol, le vieil ami qu’il était venu voir. Il alluma son joint, posa sa fatigue dans un fauteuil et ses pieds sur une table, un cendrier sur l’accoudoir et soupira bruyamment. Le vieux sortit de son demi-sommeil en ronchonnant.
« Traven ? Qu’est-ce tu fous là, j’croyais que tu levais l’ancre ce matin ?
– Moi aussi ! Mais tu vois la vie nous réserve parfois des surprises ! »
Le vieux proposa à son ami de prendre une bière dans le frigo mais le marin déclina l’offre.
« T’aurais pas plutôt un de tes petit rhums ?
– Si, mais je sais plus où... Va voir dans les caisses près de mon lit. »
Traven en se levant lança un œil à son vieux pote. Les cheveux longs de l’ancien étaient plus délavés que son regard terne d’aveugle. Son visage était un parchemin et Traven avait appris à y lire les accidents d’une vie ballottée entre la Terre, Mars, le rêve et la misère. Et pourtant... pourtant Traven se sentait mieux ici que partout ailleurs dans l’univers. Il ne connaissait personne comme Otto pour disserter sur l’injustice de ce monde et de tous les autres. Le marin avala deux ti’punch et en laissa un troisième reposer sur la table.
« Putain, ‘m’arrive un truc de ouf. À en perdre la tête, si ce n’était pas déjà fait. Si je n’avais pas la tête aussi bien vissée sur les épaules, je crois qu’elle aurait roulé dans un caniveau ce matin. J’ai loupé mon bateau !
– T’es pas l’premier marin à voir sa coque de noix mettre les voiles.
– P’t’être bien. Mais c’est pas le plus bizarre... Après un réveil difficile, impossible de me connecter à mes comptes virtuels. Pourtant je t’assure que mes doigts connaissent bien mieux que ma tête l’enchaînement des lettres que je tape presque chaque matin. Mais surtout ma PIPE dit que je m’appelle Jack Black...
– Ta puce donne une autre identité ? Tu t’es fait changer ton identifiant une nouvelle fois ?
– Non ! Enfin j’m’en souviens pas.
– Pas grave. Faut s’méfier des souvenirs... c’est que du passé conjugué au présent ! T’as jamais remarqué, dans nos souvenirs, on se voit en action. Reconstruction ! »
Le vieux posa sa main sur la nuque de Traven. Ses doigts examinaient l’imperceptible cicatrice de l’implant. Il passa ensuite un lecteur optique de supermarché sur la plaie et enregistra les résultats sur sa console qui les lui susurra d’une voix pré-enregistrée. Il fit cracher Traven dans un tube de verre, puis lui demanda de verser dans le tube une pincée de sel, une goutte de liquide vaisselle, du jus de pamplemousse et un doigt de rhum. Quand il eut extrait les filaments, il les glissa dans la première d’une série de tests en batteries. Au bout d’une nuit à boire et à refaire le monde et l’avenir – que le vieux disait toujours plus incertain – et alors que le soleil laissait s’échapper les deux lunes de Mars, le vieux trancha dans le vif.
« T’as hacké du gros ces derniers temps, gamin ?
– Pas plus que ça... Le seul que je vois c’est le fils Bloodwrite, tu sais le champion de Shoot them’up en réseau.
– Le fils de l’écrivain ?
– Ouais.
– Ben il a pas dû aimer... Ta cicatrice semble avoir été réouverte il y a peu. Ton ADN et celui gravé sur ta PIPE ne correspondent pas. Ils ont prélevé ta puce et t’en ont implanté une autre, celle de ce Jack. Mais ils ont fait du beau boulot, ils ont chiadé leur usurpation d’identité parce que sur une bonne dizaine de pages de résultats sur les principaux moteurs de recherche ta gueule apparaît en tapant Jack Black. Par contre avec ton vrai nom... enfin vrai, on s’entend... ben ta gueule d’ange n’apparaît qu’après une vingtaine de page. Gamin, on t’a volé ta mémoire externe ! Y’a plus que moi pour savoir qui tu es. »
Les rires de l’ancien se perdirent dans les méandres du hangar.

Un peu plus tard, alors que Traven regagnait le port dans l’espoir de trouver un navire sur lequel embarquer, il entendit une voix métallique l’interpeller : « Contrôle d’identité ! »

mardi, juillet 5 2011

La musique rebelle portée à l’écran

93-1

Rencontre avec Jean-Pierre Thorn

93 la belle rebelle, le titre du film était assez poétique et le sujet original pour donner envie de se rendre dans une salle de cinéma de la place Saint-Michel à Paris. Le 93 ne serait donc pas qu’un département fantasmé, une plaque d’immatriculation dure à porter, des cités à perte de vue, le couvre feu pour la population le soir, des jeunes, tous délinquants en puissance, et l’endroit où nombreux membres de notre rédaction punkoïde résident ? Et bien non, une paire d’yeux intrigués voient défiler sur l’écran blousons noirs, punks, rappeurs, slameurs, sur fond d’histoire ouvrière. Cela valait donc le coup, un de ne pas se contenter de la version courte diffusée sur le petit écran, qui laissait sur sa faim, deux de rencontrer son réalisateur, Jean-Pierre Thorn, qui n’en est pas, loin de là, à son premier film sur la musique en rébellion.

93 la belle rebelle, c’est l’histoire de qui ?

C’est l’histoire d’artistes issus des quartiers populaires, qui ont à chaque fois résisté aux agressions constantes des pouvoirs successifs. Au-delà de certains artistes emblématiques que j’ai pu filmer (les Bérus, Casey, Perrone, Dee Nasty, D’de Kabal), ce qui m’intéresse, c’est que l’art et la musique s’enrichissent de toute cette histoire ouvrière et populaire de la banlieue. Finalement, la banlieue rouge s’est éteinte du côté du politique en perdant les solidarités traditionnelles qu’il y avait à une certaine époque, du fait de la crise économique et de la politique suivie par les principales organisations ouvrières, partis et syndicats. J’ai voulu montrer comment des artistes on recréé de la fierté de classe sur ce terrain miné et su donner à la jeunesse une parole digne, une parole de résistance dans un système qui voulait faire croire qu’il nous avait détruits et que nous étions à genoux. Dans ces espaces où il n’y a plus tellement de points de repères, heureusement qu’il y a eu des artistes pour crier la colère du peuple et tenir debout.

Quel est le lien entre tous ces mouvements musicaux ? Punks et rappeurs se côtoient peu par exemple.

93-3Là, on entre dans le projet du film : casser un tabou. On a l’impression que chaque génération s’est construite contre la précédente, les punks contre le rock, puis le hip hop contre les punks en disant que c’est une musique de petits blancs, et les punks contre le hip hop en disant que c’est une musique bling bling, sans idées politiques. Mais j’ai l’impression qu’aujourd’hui, la situation évolue beaucoup, par exemple avec des artistes comme Casey qui, en collaborant avec Serge Teyssot-Gay, essaye de retrouver la révolte originelle qui était un peu cassée par l’industrie. C’est aussi le cas du slam avec des gens comme D’ de Kabal, qui n’utilisent plus les majors pour exister. Les artistes vont vers Internet, ont plusieurs milliers de connections, puis des demandes de spectacles et se mettent à exister comme ça. C’est Dee Nasty qui dit qu’en France, les majors sont arrivées trop tôt dans le mouvement hip hop. Celles-ci, après avoir raté les punks, le rock alternatif ayant construit ses propres réseaux et labels indépendants, se sont engouffrées dans le mouvement hip hop. Ce mouvement, assez jeune, s’est laissé pourrir par l’argent, les groupes sont devenus rivaux et le hip hop aseptisé. Aux États-Unis par contre, ce sont les labels indépendants qui sont d’abord apparus. Enfin, aujourd’hui avec Casey et les slameurs, j’ai l’impression qu’il y a une prise de conscience que le système récupère et qu’il faut  créer des réseaux parallèles et indépendants.

93 la belle rebelle, pourquoi ?  Y a –t-il une spécificité du 93 ?

Oui je pense. C’est un  département agressé économiquement, qui perd 100 000 emplois pendant les années Mitterrand. Il est intéressant de voir que, sur les décombres de l’histoire ouvrière, nait aujourd’hui l’histoire des enfants des ouvriers. Bien sûr, chaque région de France a son histoire qui donne des couleurs musicales différentes. À Toulouse par exemple, il y a plus de mélange entre l’histoire du rock, l’histoire ouvrière et l’histoire des enfants issus de l’immigration. Le 93 correspond également à une demande, celle de Zebrok, une association qui mène un travail d’éducation populaire dans les collèges et lycées du département autour de la musique. Ils m’avaient demandé de me joindre à un mouvement qu’ils mènent pour accompagner la mémoire populaire à travers la musique dans le département du 93. Mais je pense aussi que l’universel se trouve dans le particulier et cela se retrouve dans tous mes films. Quand j’ai parlé par exemple de la double peine (dans On n’est pas des marques de vélo) j’en parle à travers l’histoire d’un personnage emblématique, Bouda. De même, quand j’ai filmé dans l’usine Alstom à Saint-Ouen (dans Le dos au mur), où j’ai moi-même travaillé quinze ans, je voulais parler plus généralement de la crise du mouvement ouvrier. Concernant le hip hop, j’ai déjà réalisé trois longs métrages sur le sujet : Génération hip hop, Faire kiffer les anges et On n’est pas des marques de vélo. Cette fois-ci, j’ai eu envie de mettre l’histoire du hip hop en perspective. Qu’est-ce qu’il y avait avant ? Pourquoi la jonction ne s’est-elle pas faite entre le punk et le hip hop ? Puis, s’interroger sur ce qu’il y aura après. Car le hip hop n’est lui-même qu’un moment de la musique, d’ailleurs aujourd’hui, il est remis en question. Les artistes s’aperçoivent que l’industrie a récupéré, formaté, et se demandent comment ils vont en sortir et avancer. 

Tu insistes sur le contexte ouvrier du 93 : c’est un élément moteur de la naissance de ces mouvements musicaux ?

Oui. Le hip hop est la musique des enfants de l’immigration, avec des pères qui sont passés par l’usine, avec qui j’ai travaillés.

Toutes les musiques sont-elles porteuses de révolte pour toi ? 

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Le fait de démarrer le film avec les manifestations de la place de la Nation le 21 juin 1963, où le gouvernement envoie l’armée contre les 150 00 jeunes réunis à l’occasion d’un concert de Johnny (!) veut montrer qu’il y a une révolte latente au sein de la jeunesse. Quand on lit la presse du lendemain de cette journée, on se rend compte que tous ces jeunes réunis pour danser, ça fait peur. Les gros titres, c’est « Les barbares qui mettent en danger la nation ». En 1963, c’est une jeunesse bien blanche qui porte des blousons noirs et effraye tout le monde. L’autre jour, j’ai montré le film à des slameurs qui ont dit que ça les « rassurait » de voir qu’on tapait déjà sur la jeunesse en ethnicisant le discours… Regarder l’histoire aide à relativiser ce que l’on vit et donne  des perspectives pour construire. Mais non, je ne pense pas que toutes les musiques soient porteuses de révolte. Les gens que j’ai filmés sont minoritaires, mais l’histoire avance toujours par des minorités qui résistent, qui ne courbent pas l’échine et qui portent un message qui sera peut être un jour majoritaire. Le jour où on ne pourra plus supporter les conséquences du capitalisme qui nous mène à la faillite, je pense qu’on fera comme on fait les Égyptiens ou les Tunisiens, on descendra dans la rue et on sera prêts à mourir plutôt que d’accepter d’aller plus bas. Et le jour où on le fera, les musiques que l’on dit minoritaires, deviendront majoritaires. Je pense aussi qu’un peuple qui n’a pas de musique ne peut pas faire la révolution. Toutes les révolutions ont inventé des musiques pour les accompagner. Ça fait partie de l’enracinement d’une lutte, et je pense qu’en France, on est en train d’inventer ces musiques. Donc ça me donne beaucoup d’espoir, car de voir des musiciens sortir de la mainmise de l’ordre établi et des majors, cela montre qu’un parcours plus militant et indépendant se met en place dans les banlieues. Toutes ces musiques contribuent à une politisation de la jeunesse, et j’ai beaucoup d’espoir là dedans.

Tu dirais donc qu’aujourd’hui il y a une nouvelle génération de musique rebelle ?

Oui, et je n’en filme qu’une petite partie, notamment autour de l’équipe avec laquelle j’ai beaucoup travaillé : D’ de Kabal, Felix J et Abd El Haq, les Harragas, le noyau dur de Spoke Orkestra, et Franco Mannara, qui a des chants très forts et engagés sur ce qui se passe au Maroc ou sur l’homophobie dans les quartiers, sujet souvent écarté. Un rock mélangé de culture maghrébine. D’autres groupes de rap m’ont contacté qui sont dans la même veine, comme Milk, Coffe & Music. Donc oui, il y a une mouvance en devenir, extrêmement intéressante, et j’ai aussi fait ce film pour montrer que, contrairement à ce que l’on peut croire, y compris parmi les militants politiques d’extrême gauche, il se passe des choses en banlieue, il y a des militants dans les quartiers et une vraie relève. La musique peut permettre de recréer une unité.

En 2040, pourra-t-on faire un film de la même teneur sur les années 2010 à 2040 ?

J’espère que non ! Ce serait désespérant. Le contexte a changé, les usines ont fermé et le film raconte ça, mais ce n’est pas parce que les usines ferment que la conscience de classe disparaît. Elle est différente, liée aux précaires, à d’autres formes de lutte, mais je pense que la lutte des classes continuera en 2040.

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vendredi, juillet 1 2011

Communiquez grâce au nouvel aPhone!

aphone

dimanche, juin 19 2011

Occupation, mort et répression à Buenos Aires

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Décembre 2010, à Buenos Aires, l’été austral commence à pointer son nez. Dans le centre, au matin, les classes moyennes font leur jogging et à la nuit tombée, les cartoneros fouillent dans les poubelles pour récupérer le carton et le revendre au poids. Je suis en Argentine depuis un mois et demi, je travaille avec une coopérative de photographes de reportage (www.sub.coop). Le 7 décembre au soir, nous apprenons que la police fédérale a tué deux personnes dans le quartier de Villa Soldati, banlieue Sud : Salgueiro, âgé de 24 ans et  Rosemary Puña, 28 ans. L’intention des flics était d’expulser plusieurs centaines de familles qui avaient décidé de squatter le parc indoaméricain de 130 hectares pour s’y construire leurs maisons.

argentine3Mais la résistance est féroce, les habitants montent des barricades et caillassent la police jusque tard dans la nuit. Malgré une répression terrible, les squatters ne sont pas délogés. Parmi ces occupants, nombreux sont ceux qui viennent des bidonvilles environnants où ils payent des loyers démesurés au vu de leurs revenus, pour être entassés par familles entières dans quelques mètres carrés. Une partie d’entre eux sont d’origine paraguayenne ou bolivienne. Comme souvent, les plus pauvres sont les immigrés. Pour ne pas avoir à se justifier sur sa politique de logement totalement défaillante, par démagogie et pour exacerber le sentiment nationaliste, le maire de Buenos Aires en profite pour faire des déclarations xénophobes et parler d'immigration incontrôlée. Le lendemain, sur les écrans de télévisions, on voit des voisins manifester et couper une route pour réclamer l’expulsion : « On ne veut pas que notre parc soit occupé ! Ce sont tous des étrangers ! Qu’ils rentrent chez eux ! » ou encore « Un bidonville, c’est la délinquance, non à l’insécurité ! » Ces manifestants habitent dans des cités décrépies en face du terrain occupé. Mais le groupe n’est pas homogène, une femme d’une cinquantaine d’années déclare : « Aucun maire n’a fait grand-chose dans cette zone, mais depuis que c’est Macri c’est l’absence totale. (...) Quand les riches se disputent, ce sont les pauvres qui meurent ». Justement, ce soir, là, un autre occupant du parc est abattu, cette fois par un supposé voisin. L’un d’entre eux est photographié par le journal Pagina 12 en train de brandir une arme de poing. Il est identifié par le quotidien comme étant un mercenaire à la solde du chef du syndicat des employés municipaux (indirectement, ce serait Macri ou un autre politicien de droite, Duhalde, qui serait derrière ces attaques).

Coups de feu dans la nuit

Le 10 décembre au matin, nous sommes sur place. La police s’est retirée... Les squatters vont et viennent entre le bidonville (villa 20) et le parc, transportant des planches de bois, des bâches en plastiques et de la nourriture. Nous discutons avec Jose, Paraguayen de 42 ans : «  Je vis avec ma famille, moi, ma femme et nos quatre enfants dans une seule pièce, je veux construire ma propre maison… » Pendant que d’autres occupants commencent à s’installer, une pluie torrentielle s’abat sur le parc. Les squatters délimitent les terrains entre eux avec de la ficelle et des piquets. Chacun vaque à ses occupations ou attend sous un abri de fortune que la pluie cesse. Tout semble donc bien s’organiser. Mais à la tombée de la nuit, nous voyons des nuages de fumée grise envahir le ciel : des habitations de fortune ont été brûlées. Certains des squatters courent pour défendre leur terrain... Un affrontement a lieu... Un des occupants a été tabassé à mort.

argentine1Certains squatters repartent à l’attaque dans la nuit noire. C’est l’embuscade, et les occupants se font tirer dessus comme des lapins. Je vois l’un d’entre eux blessé à la jambe, un autre, plus gravement à la tête... C’est la panique, les corps des blessés sont portés vers l’entrée du parc. Les ambulances arrivent et les médias filment... Les images tournent en boucle à la télévision. Il y a au moins quatre blessés, et sans doute un mort... En effet, l’histoire est bien confuse : sur place, l’homme blessé à la tête est embarqué dans une ambulance. Selon un article de Pagina 12, le médecin à bord du véhicule témoigne : l’ambulance est interceptée par un groupe de voisins... Ils jettent le blessé hors du véhicule et lui tirent dessus une seconde fois. Quelques jours plus tard, une vidéo circule sur Internet dans laquelle apparaît un jeune Bolivien affirmant être cet homme. Il déclare avoir été passé à tabac et avoir été sauvé par des prêtres d’une église évangéliste. Est-ce bien le même homme ? Au vu des photos, j’en doute.

Asphyxie et manifestations

Le maire de Buenos Aires accuse le gouvernement de ne pas avoir envoyé la police fédérale comme il l’avait demandé publiquement et déclare : « les voisins ont fait justice eux-même parce qu’ils se sentaient abandonnés. » De son côté, Cristina Kirchner, la présidente de l’Argentine, après les événements des premiers jours, affirme : « L’ordre public doit régner mais pas au prix de vies humaines. » (sic)

Finalement, le lendemain la gendarmerie est envoyée (et non la police fédérale) pour protéger les squatters. Un recensement est effectué. Selon le gouvernement, on dénombre 13 000 occupants. En réalité, la gendarmerie bloque les accès du terrain occupé. Les autorités distribuent de l’eau et de la nourriture au compte-goutte. Des files se forment aux entrées du parc de part et d’autre du cordon policier sous un soleil de plomb. Les squatters enragent. Une femme avec son bébé dans les bras voudrait rejoindre son mari resté à l’intérieur : «  C’est comme ça qu’ils nous protègent ! »

argentine2À 18h30, la gendarmerie laisse de nouveau passer les habitants, mais uniquement ceux qui ont été recensés et qui sont munis d’un bracelet pouvant l’attester. Le but est clair : asphyxier l’occupation, faire en sorte que les occupants se démoralisent et finissent par sortir petit à petit. Pendant que ces milliers de personnes sont otages de la dispute entre le maire et le gouvernement, des manifestants de différentes organisations sociales avancent masqués sur la mairie, caillassent et incendient l’entrée du bâtiment, indignés par l’annonce des morts à Soldati.  Le 14 décembre, une manifestation massive contre la répression, la mort et pour des logements dignes réunit plusieurs milliers de personnes dans le centre de Buenos Aires. Ce soir-là, un porte parole du gouvernement et un autre de la mairie de Buenos Aires apparaissent ensemble sur les écrans de télévision pour faire une déclaration commune lors d’une conférence de presse. Ils promettent que les personnes recensées lors de l’occupation de Soldati obtiendront un logement dans 120 jours. Ceux qui occuperaient un terrain ou qui resteraient à Soldati n’aurait droit à rien. Dans la nuit, tous les occupants de Soldati quittent le parc sans violence mais contraints et forcés. Au matin, le terrain est vide. Les gendarmes l’encerclent, empêchant toute personne d’y accéder.

Enjeux politicards : les pauvres trinquent

argentine5Bilan : trois ou quatre morts, une centaine de blessés et le problème du logement toujours irrésolu. Une promesse de politichien de plus... Il était déjà arrivé par le passé que les autorités prennent l’engagement de reloger des occupants après une expulsion... Évidemment sans résultat. De toute façon, personne n’y croit... Au départ de l’occupation, quand nous sommes arrivés sur place, nous étions accompagnés de quelques militants du Frente Popular Dario Santillan. Ces personnes sont présentes dans le bidonville à côté du parc indoaméricain (villa 20) depuis de nombreuses années. Il s’agit d’une organisation politique horizontaliste. Ils donnent des cours d’alphabétisation et organisent, par exemple, des réunions de femmes sur le thème des genres... Ils nous expliquent que pour qu’une telle occupation puisse avoir lieu (des milliers de personnes investissent un terrain de 130 hectares), il faut un point de départ, une impulsion et même une organisation politique derrière. Pendant les premiers jours, ils ne savent pas d’où vient cette impulsion. Leur position politique : « Peu importe d’où ça vient, de toute façon, les gens, les plus défavorisés ont besoin de logement, il faut soutenir cette occupation. » Finalement, il semble que les premiers occupants de Soldati aient été appelés à le faire par des politicards, sans qu’on sache très bien par qui... Certains disent que ce sont des kirchneristes, d’autres que ce sont des proches du maire ou d’un certain Duhalde (encore un sinistre politicien de droite)... La complexité de la politique argentine et l’opacité mafieuse n’aident pas vraiment à y voir clair. L’autre question qui se pose : qui a envoyé des mercenaires noyauter les voisins et tirer sur les squatters ? La réponse parait plus claire : on dirait bien que c’est la droite, pour déstabiliser la présidente et pour souffler sur le feu xénophobe. Quoi qu’il en soit, les chefs de partis et autres gouvernants ont profité de la crise du logement et de la détresse de certains pour jouer leur carte avant la fin de l’année... Les enjeux sont clairs : les élections pour la mairie de Buenos Aires et élections présidentielles auront lieu en 2011. Comme disait la voisine : « Quand les riches se disputent, ce sont les pauvres qui meurent ».

Texte et photos: Martin Barzilai / Sub


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dimanche, juin 12 2011

Mehdi Montana

Une nouvelle de Skalpel (la K-Bine)

skalpel

Sept stations avant de changer à Stalingrad. Le temps de caler le casque relié au lecteur mp3 sur ma tête et de me plonger dans un souvenir que la musique soul d’Al Green alimente sans aucune explication cohérente. Je n’arrive pas à comprendre le lien qu’il y a entre le souvenir précis que j’ai d’un échange avec Mehdi, datant de plusieurs années, et cette musique. Le cerveau fonctionne d’une étrange façon. Les branchements, les connexions, les mécanismes et toute cette machinerie cérébrale font se rencontrer des personnages imaginaires avec d’autres réels, des situations concrètes et des situations abstraites. Certaines pensées en activent d’autres et des réflexions conduisent à des souvenirs qui parfois n’ont rien à voir avec l’idée initiale. Complexe.

Je devais avoir 16 ou 17 ans. J’étais dans le hall 20 d’un des bâtiments de la rue Auguste Renoir aux 3000 (Aulnay-sous-Bois, 93), situé au niveau de la cabine téléphonique. Avec moi il y avait Mehdi, Bakary et Mourad. On était assis sur les premières marches de l’immeuble et un joint tournait. C’était le début de l’après-midi, un samedi. Ça parlait rap, filles et ça buvait des Heineken fraîches. Mehdi, comme à son habitude, nous décrivait de longues scènes de Scarface. Le seul, l’unique, le roi des gangsters ! Tony Montana était sa référence ultime, son dieu cinématographique. Il le citait pour étayer n’importe lequel des points de vue qu’il avait envie de défendre. Un peu comme certains anarchistes citent Bakounine ou Kropotkine pour défendre les idées libertaires. Par exemple si des gars du quartier proposaient un plan pour se faire de l’argent, Mehdi se référait systématiquement à Scarface pour juger de sa pertinence. Pour un simple vol de Ford Fiesta il était capable de sortir des phrases du genre : « Ouais, si… si… un moment Tony dans le film il accélère grave avec sa caisse quand il récupère son pote qui l’attendait sur le trottoir ! » Personne ne voyait le rapport avec le vol de voiture proposé. C’était comme si vous aviez dit bonjour à un pote et qu’il avait répondu : « Moi aussi j’aime bien les carottes.». Rien à voir.

Personne ne calculait Mehdi quand il sortait ce genre d’incohérence. Certes, cela faisait rire tout le monde, mais pas du tout dans un sens moqueur, on était habitué à ses remarques hors de propos. Nous avions de la compassion pour notre pote drogué à Scarface. Mehdi était capable de nous jouer de longues scènes du film et reproduisait les dialogues de façon précise. L’accent qu’il prenait pour imiter la voix française d’Al Pacino était franchement ridicule, mais lui, il était à fond, il vivait le film intérieurement. Je pense sincèrement qu’il en rêvait toutes les nuits. Je n’ai jamais vu sa chambre mais elle devait ressembler à un temple dédié à son héros. Un jour je l’interrompis en affirmant que Tony Montana n’était qu’un enfoiré de merde, qu’il nuisait à sa communauté et qu’en plus c’était un Gusano* de merde que Castro avait jeté de Cuba car il participait au sabotage de la révolution. Il eut l’air étonné. « Fidel Castro?! C’est un bonhomme! Il est increvable et il emmerde grave les States! En plus il déchire grave avec ses gros cigares de parrain! » Je restai sur le cul. Sûr de lui, il m’expliqua que la vie était comme ça, chacun pour sa peau et fuck ! Qu’il n’ y avait que l’argent qui comptait dans ce monde. Que Scarface lui, avait tout compris. Je lui rétorquai qu’il était mort jeune, comme un chien et seul au monde, le zen dans la coke, toxico, comme un shlag de Stalingrad. Ce n’étaient pas des arguments suffisants pour mon pote. Selon lui, peu importait de mourir jeune, ça valait quand même le coup d’avoir la même vie que Tony, car au moins il avait vécu comme un pacha quelques temps. Je n’étais pas d’accord du tout mais au lieu de lui dire que c’était un ouf, j’endossai mon costume de fils de militant marxiste-révolutionnaire et récitai ma leçon apprise par cœur.

Sur un ton solennel, j’expliquai que ce qui comptait vraiment c’était l’esprit de camaraderie, la solidarité, la fraternité entre les gens du peuple et l’Homme nouveau théorisé par le Che Guevara. Pour changer les choses, il fallait faire la révolution et ne pas être un individualiste égoïste qui ne pense qu’à faire du fric. Mes potes ne comprenaient pas très bien où je voulais en venir et commencèrent à se foutre ostensiblement de ma gueule. Si j’avais lu Kropotkine à l’époque, j’aurais pu sortir mon discours sur l’entraide comme facteur principal de l’évolution des espèces, mais à ce moment-là, je n’étais pas encore familiarisé avec les idées anarchistes. Comme je citai la révolution cubaine dont mon père m’avait parlé avec beaucoup de détails, Mehdi me demanda que je leur raconte cette Histoire. Ce que je fis pendant deux heures. Je commençai par l’attaque de la caserne Moncada, ensuite je passai à la traversée à bord du Granma et au débarquement des guérilleros sur l’île. J’insistais sur le fait que Le Che était asthmatique et fumait des cigares. Que c’était l’être humain le plus parfait que la terre ait jamais connu. Qu’entre un sac de médicaments et un sac d’armes il avait choisi les armes car avant d’être médecin c’était un révolutionnaire. Bakary me fit remarquer que l’être humain le plus parfait était le prophète Mohamed. Je ne relevai pas. Ensuite je décrivis l’entrée des colonnes de guérilleros à Santa Clara, et la construction par tout un peuple d’une société nouvelle basée sur le communisme. Je finis mon récit par la mort du Che en Bolivie, sans omettre bien sûr de raconter son aventure africaine.

À l’époque, j’étais beaucoup plus marxiste que maintenant. Aujourd’hui, en tant que libertaire, je raconterais une histoire légèrement différente et je serais peut être plus critique. Mais je n’ai jamais cessé d’admirer le Che. J’étais content de constater que Mourad allait plutôt dans mon sens. Son père, ouvrier à Citroën et syndicaliste, lui avait parlé du Che, il lui avait dit qu’une rue de la Casbah à Alger portait son nom, et qu’à l’époque des guerres de décolonisations, les Africains admiraient Guevara et Castro. Je confirmai ses propos. Pendant tout le temps que je racontais la révolution cubaine, Mehdi n’avait fait aucune remarque et n’avait pas interrompu une seule fois le récit. Il avait l’air concentré. Il se grattait le menton et hochait la tête d’un air approbateur. Quelques minutes après la fin de l’histoire, je lui demandai ce qu’il en pensait. Il n’eut pas assez d’adjectifs pour exprimer son admiration. Il but sa bière d’un trait et trancha : « Elle déchire grave cette histoire, il faudrait en faire un film! Et franchement Al Pacino dans le rôle du Che Guevara, ça serait vraiment de la bombe ! » 

Relecture et corrections : Sapitoverde

* Terme péjoratif utilisé pour qualifier les adversaires de la révolution cubaine et les Cubains de Miami.

dimanche, juin 5 2011

DDD le traveller du stencil

Cela fait plusieurs fois que nous croisons DDD, armé de ses cartons, de son cutter, de ses rouleaux à peinture et de ses pots de peinture récupérés ici et là. Nous l’avions rencontré aux 20 ans de L’Usine, à Genève. Les réalisations, la capacité d’improvisation en fonction des matériaux de récupération glanés ici et là, ainsi que la technique nous avaient bluffés. Et puis bien sûr, le personnage : ouvert et disponible, accessible et humble, authentique et généreux. En février dernier, nous nous sommes recroisés à l’occasion d’un concert organisé au fin fond du Vercors. Nous avons donc discuté en vue de réaliser enfin une interview. La voilà. Bonne lecture, et merci à DDD.

logoDDD

Peux-tu te présenter ? Que signifie « DDD » et d’où vient ce nom ?

DDD : Didier DDD, 44 ans, tombé tout jeune dans la marmite rock, graffiste tout terrain, plasticien sans plastique, musicien raté, fouilleur de poubelles, actuellement SDF. Les 3D sont issus de mes nom et prénom. Ils signifient également DEMOCRATIKDOMESTIKDESIGN (tout attaché) ce qui est pour moi plus qu’un nom ou surnom. C’est ma théorie du « je crée ce que je veux avec ce que je vois ». Ça se traduit par des peintures au pochoir mais également par divers détournements d’objets, des slogans, des portraits, des t-shirts, des travaux en pleine nature, de l’infographie, des installations, des tattoos... Le terme DEMOCRATIK est aussi un clin d’œil forcé à toutes ces républiques qui se disent démocratiques, et où le plus fort ou le plus nombreux a forcément raison.  D’où j’ai sorti ce nom ? Il me semble qu’il a été inspiré par le nom du groupe de rap DEMOCRATES D. Mais chut ! le répète surtout pas, parce que sinon tu vas perdre des lecteurs (rires) et ils vont pas lire jusqu’au bout. Pour les autres : bienvenus dans ma tête !!

À partir de quand as-tu commencé à faire des pochoirs ? Comment as-tu découvert cette technique et qu’est-ce qui fait que tu as commencé à faire ça plutôt qu’autre chose ?

L’histoire est toute bête. Un jour je découvre un portrait dessiné de Vladimir Ilitch Oulianov dans un fanzine et sans vraiment savoir qui il est, il me prend l’envie de me l’accaparer et de le peindre. La technique qui m’apparaît évidente est le pochoir. Mon frangin en avait déjà fait quelques-uns à l’époque avec des logos de groupes. L’effet est rapide, efficace et énorme !! Depuis, j’ai essayé d’autres trucs que j’ai également adoptés.

Quand on s’est rencontré, tu réalisais des pochoirs en direct, façon happening, sur des supports de récupération. C’est ta pratique principale et exclusive ou tu réalises aussi des pochoirs dans la rue, de façon sauvage ?

Un grand moment que cette fiesta à l’Usine !! ... Dans ma pratique j’essaye de trouver tout ce qu’on peut faire avec l’outil nommé « pochoir ». Je l’ai donc décliné en peintures sur divers supports, la plupart de récup, mais aussi en installation avec des lumières, en démo et perf, en atelier... Ce que je peux te dire aussi, c’est que le personnage si bien nommé DDD ou Didier DDD ne dégrade pas sauvagement des supports non destinés à l’être avec de la peinture (rires).

Dans le « milieu » du pochoir, on oppose souvent les réalisations illégales de rue, aux réalisations destinées à être exposées dans des galeries d’art. Peux-tu nous expliquer ton sentiment par rapport à ce clivage ?

J’essaye d’être en dehors de ces guéguerres, je ne veux appartenir à personne, à aucun mouvement précis. Ce qui m’intéresse par dessus tout, c’est de faire ce qui me plaît, par moi-même et pour moi-même ! J’ai bien sûr un avis sur la pratique des autres pochoiristes mais elle n’est pas à ce niveau-là. Savoir si une galerie est plus crédible que la rue, si la rue va te rendre crédible ou pas... C’est pas mon problème ! Ce qui m’intéresse c’est le sens de notre création, et de la mienne en particulier. Celui qui n’a rien à dire, peu importe le contexte, il aura toujours rien à dire ! Moi, parce que je vais parler pour moi, j’essaye de faire entrer le pochoir dans des lieux autres, incongrus parfois, de trouver des applications du pochoir dans le quotidien, de le rendre accessible, compréhensible par le plus grand nombre.

Si on te proposait d’exposer tes pochoirs (et aussi de les vendre) dans une galerie, accepterais-tu ?

Pourquoi pas... mais c’est vraiment pas un truc après lequel je cours, mais vraiment pas ! Il faudrait que ces gens-là me comprennent. Je l’ai fait une fois dans ma vie, il y a une douzaine d’années, et j’ai exposé depuis dans plus de 50 lieux, très loin des vraies galeries, parfois des lieux que j’ai inventés parce que j’en avais envie ou besoin, et d’autres fois dans des stades, dans des rues, des médiathèques, des WC, des voitures... La galerie, c’est un truc très sérieux, pour ceux et celles qui font de l’art, et parfois du fric. Moi, j’ai pas encore cette prétention, même si j’ai du mal à être modeste sur ma pratique car comme tout créateur, je pense que mes idées sont bonnes. J’ai envie de faire autrement, différent, voilà tout : c’est pour ça que je m’intéresse beaucoup à ce que font les autres pochoiristes, justement pour ne surtout pas refaire ce qui a été fait, sinon y a aucun intérêt. Et si on m’invite dans une galerie... on verra à ce moment-là, je verrai qui m’invite, pourquoi moi, et à quelles conditions.

Tu réalises des formats assez grands. Concrètement, comment fais-tu pour réaliser des dessins de cette taille ?

Là aussi, j’ai essayé de faire différemment. Là où mes comparses font un énorme et magnifique pochoir en un seul morceau, moi, j’ai imaginé ma prestation comme un spectacle et pour du public. Je fais donc une création d’image en morceaux, appliqués sur le support comme pour raconter une histoire, avec un début, une suite et un final où le public découvre à la toute fin qui j’ai peint grâce à quelques détails incontournables d’un visage par exemple. J’aime que les gens cherchent jusqu’au bout qui je suis en train de peindre. Car je ne dis pas qui je suis en train de peindre, c’est un jeu, je réponds par oui ou non aux propositions du public qui vient me dire « c’est untel ? », « C’est tel autre ? ». Rien que du jeu.

Alors que pas mal de pochoiristes utilisent de la peinture en bombes, tu travailles au rouleau, à la peinture de récupération, encore une singularité de ta part... Comment s’est fait ce choix ?

Là aussi, c’est un choix qui s’est imposé naturellement à moi. Quand tu ne veux pas consommer, ou le moins possible, et que tu veux faire différent, une des solutions est de faire avec ce que tu trouves dans ton environnement. Et c’est ma solution. J’aurais aussi pu voler pour avoir de belles peintures, mais j’ai choisi bien plus simple en faisant dans la récup’ à presque cent pour cent. C’est une sacrée contrainte, mais je l’ai choisie et je l’assume, tout comme j’ai choisi d’évoluer librement loin des histoires de street art et des cultures urbaines. Car je n’ai vraiment pas un mental urbain.

NoPunkNoFunOn sent une forte influence (au niveau du graphisme et des références) au rock alternatif des années 1980. C’est juste une impression ou ça correspond à quelque chose de profond, de personnel et de fondateur ?

Tu parles d’influences, moi, j’utiliserais plus le mot « culture ». J’ai une culture rock, et musicale en général. Non pas en tant que professionnel des musiques mais en tant qu’acteur. Je me sens acteur de la scène rock depuis plus de trente ans, quand je suis public, quand j’écoute un vinyl, quand je fais un fanzine, quand j’organise un concert, quand je fais une interview... Tout ça, c’est intimement lié, ça fait une richesse, c’est mon terreau, c’est mes racines, tout ça fait une vraie culture : MA culture !

Nous les rockeurs, punk-rockeurs et compagnie, nous appartenons à un mouvement, à une culture avec du graphisme, des danses, des solos de guitares, des coupes de tifs et des looks pas possible, des ingénieurs du son, des groupes sur scène, des vidéastes, des têtes pensantes, des graffistes, des inventeurs, une scène, des scènes, des courants de pensées,... On a voulu nous faire croire que le hip hop était le seul truc bien structuré. Une fois de plus je dis NON ! Et quand je dis ça, je n’oppose surtout pas le hip hop et le rock : je les fraternise ! Car ils sont frères. Je peux aussi fraterniser avec le reggae, avec l’électro,... C’est un truc de politiciens que de nous opposer. Ils essayent de nous diviser mais je dis NON !!

Pour toi, le pochoir est-il associé à la culture punk ? Est-ce une culture underground ?

À la culture punk en particulier ? Je ne sais pas. Mais à la culture de ceux et celles qui ont quelque chose à dire, oui. Et rapidement en plus, et dans l’urgence souvent. Historiquement, c’est vrai que le pochoir est facilement « politisé » et j’aurais tendance à dire que le pochoir est une des activités de la mouvance rock, mais il ne faut pas croire tout ce que je dis ou que je pense (rires). Mais c’est un peu comme ça que je le vis. Et pour moi, le vécu est bien souvent plus important que la théorie historique ou sociologique.

Beaucoup de portraits aussi dans tes réalisations : souvent des figures marquantes du punk, du rock au sens large... Ne crains-tu pas d’œuvrer à une sorte de « starification » ou de « culte de la personnalité » ?

Chacun et chacune est libre d’interpréter mes créations comme il ou elle le veut. Starification ? Non, je n’y crois pas dans le sens où je n’ai ni le pouvoir, ni l’envie de créer des stars. Pas plus que toi en m’interviewvant, tu ne feras pas de moi une star. Pour moi, il s’agit de rencontres, des rencontres graphiques. Ce sont des images, des représentations. Que ça parle aux gens ou que ça fasse écho en eux est un grand plaisir. Que les gens se reconnaissent dans ma démarche est un de mes objectifs. C’est aussi une façon de leur dire : "votre culture m’intéresse. Respect !"

Où mets-tu la limite entre le « fan » qui fabrique une icône et l’hommage, la référence ?DDD

Je ne fabrique pas d’icônes, les icônes sont déjà existantes ! C’est souvent des hommages à des personnes qui m’ont marqué, c’est vrai, d’une manière ou d’une autre. Mais je peux aussi peindre des personnes que je n’aime pas particulièrement, car mon message ne se trouve pas seulement dans leur nom. C’est pas aussi simple que ça ! C’est plus dans une démarche « pop », ou de mémoire, que je m’intéresse à qui est passé sur cette planète, comme les préhistorock ont peint dans leur grotte ce qu’ils voyaient.

En dehors des références rock et punk, on retrouve aussi un portrait de Bob Marley, pas le plus keupon des artistes, un autre de Mishima, dont on sait que politiquement, il a eu un parcours plutôt étrange et controversé... Tu peux nous en parler ?

Tu l’as compris aussi : je ne m’adresse pas qu’au milieu keupon ou rock. Heureusement ! Celui ou celle qui s’est intéressé de près aux Bérus comme moi, a de fortes chances d’avoir entendu parler de Mishima, ou de l’avoir croisé graphiquement. Politiquement, on en pense ce qu’on veut, de ce qu’il était, de ce qu’il a écrit, du comment il est mort. N’empêche que c’est un très grand auteur, une personne marquante du XXe siècle, et qui est allé au bout de son engagement. Et puis graphiquement, esthétiquement, quel impact ! Quant à Bob, il n’est peut être pas étiqueté « punky », n’empêche que la plupart des acteurs initiaux de la mouvance reggae sont  des débrouillards, ils font avec ce qu’ils sont ou qu’ils ont, ils disent ce qu’ils ont à dire à leurs proches et à l’univers. Et tout ça, c’est quand même bien dans l’idée que je me fais du mouvement punk.

Te considères-tu comme un artiste ? Un peintre ? Autre chose ?

Oui pour artiste car c’est une histoire de place ou de position dans la société. Peintre, parfois. Autre chose, beaucoup !!! J’essaye de véhiculer du positif, du revendicatif, du combatif. Je suis dans un combat permanent contre l’ignorance et la connerie humaine. Émancipe-toi, réfléchis par toi-même ou avec d’autres, aide, aime... Je me sens un peu investi d’une mission que j’ai choisie, c’est vrai, celle de colporter les idées d’un mouvement qui va de l’avant, avec des valeurs de respect de l’humain et de l’environnement... Je suis un « croisé » depuis plus de vingt ans, avec une belle croix, celle-là même qui met en garde et qui signifie « NON ! », ou « produit toxique ». Elle n’appartient pas aux Bérus spécialement, bien qu’ils l’aient également adoptée. Mais on peut dire que je suis un « petit bérurier » qui a bien grandi car moi, j’aime bien la soupe !

Quels artistes, pochoiristes ou non, font partie de ce qui te nourrit, de ce qui t’influence ?

Bon, tu l’as compris, mes influences sont basiquement chez les acteurs du rock indé des années 1980. J’ai trouvé chez les Kortatu-Bérus de quoi me rattacher à la vie, je suis passé du vrai NO FUTURE baba cool que j’étais, au YES FUTURE. Autant te dire que ça marque. Et c’était autant le côté graphique que politique qui m’a plu. Le son et l’image sur un même niveau, je n’ai pas choisi l’un ou l’autre. Et comme j’ai digéré tout ça depuis, j’ai aussi pu m’intéresser après aux autres courants musicaux revendicatifs. J’en sais maintenant beaucoup sur le reggae et le rap. Et ça me fait du bien, et je m’appuie sur tout ça, sur toutes mes connaissances pour être moi aujourd’hui.

Politiquement, penses-tu que tes créations soient « engagées » ou « politisées » ?

L’influence de la culture punk et tout son aspect politisé ressortent tout de même pas mal. Ouf ! Alors j’ai pas travaillé pour rien ! (rires). Je suis engagé, ça j’en suis sûr, mais pas forcément sur ce que les gens voient d’emblée de mon travail : je suis de moins en moins frontal. Ce qu’ils ne voient pas, c’est comment je travaille, dans quelles conditions matérielles, sur quels supports, et puis toutes les facettes de mon activité créatrice qui n’est pas seulement consacrée au pochoir. Pour moi, l’influence de la culture punk n’est pas que dans l’esprit. Elle est dans mon vécu, dans mon œuvre qui est loin d’être complète. La solidarité, la revendication, le pouvoir de dire « non », la récup, la démerde, faire ce que je veux, le respect... sont mes valeurs punk. Ce sont tout simplement mes valeurs. Et le mot « punk », c’est juste pour situer, c’est une valeur ajoutée mais en aucun cas une étiquette obligatoire. Oh, ça non !

Quel futur à tout ça ?

Je n’ai pas de futur et de place dans leur monde de merde ! Mais reconstruire un autre monde : ça, c’est aussi mon truc. C’est ma punkitude à moi, à mon échelle, avec des choix de vie faits il y a plus de vingt ans, comme celui d’arrêter de me déglinguer la tête, de fumer, boire de l’alcool, manger de la bidoche, boire des cocas… Et il y a quinze ans, j’ai aussi jeté ma télé ! J’ai envie et besoin d’être conscient par moi-même de ce qui se passe autour de moi, et en moi. Le punk, c’est la liberté de s’inventer la vie qu’on a envie de vivre ! Y a pas UN modèle punk, y a pas UNE esthétique punk, y a pas UN calibre punk, n’en déplaise à ceux et celles qui imaginent le contraire. Le punk c’est la liberté totale, c’est la variété, le fun, le pluriel, et loin de la politique où y a des personnes bien pensantes qui te font peur, et qui te disent quoi faire en te manipulant. Beuèèèèrk !

Un de tes pochoirs (« Skate to hell ») fait référence au skate-board. C’est un univers que tu connais, qui t’influence ?

C’est le côté trash qui m’intéresse, le fun, la déglingue physique, l’implication totale... Pour moi, c’est bien punk dans l’esprit, hardcore, no limit, tu ne mens pas sinon t’es mort. Malheureusement, je suis une bille sur une planche, snif ! Tant pis, ça sera pour une prochaine vie. Ha !Ha !

Tes pochoirs sont largement associés à la musique : quelle est la bande-son de ton quotidien ? Quels sont pour toi les groupes et artistes incontournables ?

Un air dans les poumons. Un autre air dans la tête. Constamment. Je vis avec la musique, grâce à la musique. Les groupes et artistes que j’écoute très régulièrement sont Fermin Muguruza, ACDC, Joy Division, Bob Marley, Assassin, The Clash, les Thugs, heu..., UB40, Public Enemy, Marvin Gaye, heu,... La Souris déglinguée, Dead Can Dance, James Brown, This Mortal Coil, Trust, Massive Attack, NTM, Sick Of It All... sans oublier les incontournables Bérus, OTH qui reviennent, mais que j’écoute plus en groupe. Il y en a bien sûr un grand nombre d’autres, envoyez-moi une enveloppe timbrée pour une réponse presque complète.

DDD-09

As-tu un message particulier pour les jeunes qui nous lisent et qui ont envie de se mettre au pochoir ?

Testez, testez, testez ! Osez faire différent, ne vous contentez pas de faire dans la photocopie comme beaucoup qui reproduisent très bien et à l’identique une photo. Inventez votre style, ni old school, ni new school mais NO SCHOOL !! Ne suivez pas, précédez ! Devenez qui vous avez envie de devenir !

Si on a envie de te faire venir quelque part, ça se passe comment ?

Très simple, suffit de me contacter et ensemble on se cale une date et on voit si les conditions sont réunies pour que ça se passe bien pour tous. C’est-à-dire que je peux faire ce que je veux (très important !!) et s’il y a quelques pépètes pour m’assurer de quoi bouffer, c’est nickel. Car c’est terrible, mais l’amour et l’eau fraîche ça nourrit pas suffisamment son homme (rires).

Le mot de la fin ?

Mais non ! J’ai pas envie que ça se finisse, moi !

Site de DDD : http://www.flickr.com/photos/dddmostra-stencil-experiences/

dimanche, mai 29 2011

Vulgaires Machins

À l’occasion de leur passage à la Bellevilloise (Paris XXe), dans le cadre d’un concert organisé par Horca, nous avons posé quelques questions à nos amis québécois

vulgaires machins1

Qu’est ce qui vous a donné envie d’entreprendre Vulgaires Machins, il y a maintenant seize ans ?

Guillaume (G) : Forcément la passion pour la musique, mais un peu d’ennui aussi. Dans notre petite ville, il ne se passait pas grand-chose. On pouvait aller aux arcades, fumer de la beuh dans le parc. De ce que je m’en souviens c’est tout ce qu’il y avait à faire. La musique nous donnait une raison de se retrouver, d’être créatifs, de faire autre chose que juste glander finalement.

Où était-ce ?

Marie-Eve (M) : À Granby, à une heure de Montréal à peu près. C’est une ville de 70 000 habitants environ mais, à ce moment-là, il y avait aussi beaucoup de jeunes qui jouaient de la musique quand même, on était cinq six groupes à se connaître.

Vous étiez des copains de lycée ?

G : Max et moi on est frangins, Marie-Ève était une amie du lycée.

M : Mathieu était un ami d’enfance.

G : Pat est avec nous depuis douze ans. On l’a découvert spécifiquement pour jouer de la batterie avec nous. C’est l’ami d’un ami, qui n’avait pas de groupe à ce moment-là.


vulgaires machins2Et vous saviez jouer ?

M : Moi non !

G : Pat savait jouer.

M : Guillaume et moi on avait un autre groupe ensemble avant Vulgaires Machins, et moi je n’avais pas de guitare pas d’ampli électrique, et j’ai été m’en acheter juste avant la première répétition. Donc on a commencé comme ça, sans rien connaître en fait.

G : C’est bizarre parce qu’aujourd’hui en 2011, on peut dire que le groupe qu’on a en ce moment, c’est le groupe avec lequel on a tout appris ; à jouer, à écrire, à tourner, à s’organiser, à s’autogérer, etc.

Quels groupes vous ont influencés ?

G : Vers 15-16 ans. On écoutait beaucoup de groupes de la vague skate-punk californien (Greenday, Rancid, NOFX, Bad Religion). Puis des groupes comme les Pixies, qui ont été très importants. On se cherchait une identité mais quelque part, on essayait d’être ces groupes-là, et notre façon d’être unique a été de le faire en français.

M : Au début quand même, on chantait en anglais, du fait de nos influences, et après un premier concert on s’est rendu compte qu’on n’avait pas envie de chanter en anglais, personne ne comprenait… Et au Québec il y avait un groupe qui s’appelait les Secrétaires Volantes, qui ont été un peu nos parrains, qui chantaient en français. 

Et aujourd’hui, seize ans après,  quelles sont vos raisons pour continuer ?

G : Je ne sais pas! Le plaisir surtout.

M : C’est la famille, le fun. La rencontre des gens aussi, il y a toujours de nouveaux  projets, ce n’est jamais pareil.

G : Et puis créer. La création c’est un beau processus de la vie. S’arrêter de temps en temps et puis écrire, essayer de faire quelque chose qui puisse faire triper des gens, et qui nous permette de nous connaître mieux. La passion de partir en tournée, la passion de la musique, tout simplement…

Et chanter en français, c’est plus parce que c’est naturel, ou il y a  une volonté de chanter en cette langue ?

G : Non, nous n’avons aucune volonté politique derrière ça.

vm3Êtes-vous engagés par rapport à la culture québécoise ?        

G : Tu veux dire la cause séparatiste et tout ça ? Non, pas vraiment. Je pense que si le Québec avait dû devenir un pays, ça se serait fait au premier référendum, il y a plusieurs années.

M : Je pense que c’est malgré nous, c’est un peu comme si on appuyait la culture parce qu’on chante en français. On est tellement immergé dans la culture américaine, anglophone que juste le fait de chanter en français c’est comme si on brandissait un drapeau, alors que pour nous, c’est notre façon d’être, c’est en français qu’on s’exprime.

G : Pour nous, c’est plus une question d’être sincère dans l’écriture. Il y a sûrement beaucoup de séparatistes qui m’en voudraient de dire ça, mais personnellement je ne m’attache pas vraiment à cette cause-là. De toute façon, bientôt on va parler chinois. Je ne comprends pas cet acharnement-là, nationaliste, à vouloir à tout prix faire un pays. C’est un gros débat, très compliqué, et je  ne suis pas d’accord avec l’extrémisme lié à tout ça. 

Mais hormis l’aspect politique du séparatisme, est-ce que vous sentez qu’il y a une culture québécoise à laquelle vous appartenez, une culture particulière différente de celle des anglophones par exemple ?

G : Oui, déjà par la langue, et on est différents à plein de niveaux. 

Est-ce que par exemple on étudie les mêmes auteurs à l’école côté anglophone et francophone ?


M : Je ne pense pas, parce qu’on étudie des auteurs québécois et pas sûr que ça se fasse dans le sens inverse. J’ai l’impression qu’on a vraiment une culture différente.

G : Les anglophones sont tous au même endroit au Québec, dans le West Island à Montréal. Il n’y a pas de communauté anglophone au Québec en dehors de Montréal, ce qui fait que forcément, ils reçoivent culturellement une éducation qui est différente. 

Quand vous jouez du côté anglophone, est-ce que c’est un plus de chanter en français, ou au contraire est ce un handicap pour jouer dans le reste du Canada ?

G : On joue très peu dans le reste du Canada.

M : On joue dans les communautés francophones, mais il y en a jusque dans l’ouest à Vancouver !

G : On a fait récemment une tournée avec Anti-Flag. Une fois que le concert commence, il n’y a aucune différence du fait du langage. Les gens réagissent de la même façon. Je pense que la musique dans ce sens-là est universelle. Après, c’est juste un choix qu’on fait de ne pas trop pousser dans des territoires anglophones, parce que y’a déjà la France. On aime bien tourner ici, on aime bien que ce soit francophone aussi. Sinon le Québec est immense, et on n’a pas nécessairement toujours eu envie de pousser plus loin.

Et les États-Unis non plus ?

M : Non. C’est tellement grand les États-Unis, on se perdrait !

G : Avec les enfants, la famille, etc. on n’a pas envie de recommencer comme au début du groupe non plus, c’est un peu de la paresse, mais en même temps aller tourner dans des conditions hyper difficiles pour jouer devant quinze personnes, ça ne nous tente plus. 

Il y a des thèmes qui reviennent souvent dans vos chansons, comme le conformisme ou la non action. Est-ce que vous vousvm4 considérez comme un groupe engagé ?

G : Surtout un groupe paresseux. 

Ah oui, pourquoi ?

G : Parce que les idées sont là mais les actions pas toujours. Je pense que nos actions se résument beaucoup à la musique, le soutien qu’on apporte via nos concerts, quand on a l’occasion de le faire, de soutenir une cause ou un groupe quelconques et à nos vies personnelles et privées. Toutefois, on se considère comme un groupe engagé, car c’est la responsabilité de tous de s’engager. Finalement, on est juste des citoyens qui s’expriment par la musique. Ceci dit, la musique n’est pas nécessairement un véhicule d’engagement, mais un véhicule de vie et d’expression. 

Depuis seize ans, avez-vous l’impression de vous répéter ou bien évoluez-vous, pas tant dans la musique mais dans les textes par exemple ?

G : Moi je nous sens dans une période où le danger de commencer à se répéter commence à apparaître, oui. J’ai ce sentiment-là. Il y a un paquet de trucs qui ont été abordés dans nos textes à travers les années et que je n’ai vraiment plus envie d’aborder, parce qu’on l’a déjà fait. Les thèmes sont universels et récurrents. Bien sûr, notre façon d’écrire a évolué et par exemple si un sujet peut revenir, le point de vue a changé. Mais là, on arrive un peu à la croisée des chemins et il y a des directions artistiques à prendre à ce niveau-là, je pense. L’envie de passer à autre chose, dans un sens, sans répéter toute notre vie que « la politique c’est de la merde. »

M : Oui, arrêter d’être sinistres.

Y a-t-il un statut particulier au Québec, comme intermittent du spectacle ici, ou non ? Vivez-vous de la musique ? 

G : Non, pas de statut.

M : Oui, on arrive à en vivre. On a des subventions qui nous permettent de nous aider à produire les albums, ou de venir ici.

G : Cela nous permet d’exister, mais il faut ajouter les concerts, les albums qu’on vend, etc. Ce serait vraiment difficile de tout financer de A à Z sans les aides et on ne pourrait pas se payer. Tu sais, tourner au Québec c’est beaucoup de route pour pas tant de monde que cela finalement. Si on n’était pas subventionnés, on ne pourrait pas venir en France, car cela permet de payer les billets d’avion, ce genre de choses. 

Votre meilleur souvenir de concert ?

M : Notre meilleur souvenir ?! Faut se rappeler ce qu’on avait mangé.

G : Oui ça aide ! « Ah oui, on avait mangé du couscous ! » Mais plus le temps passe, plus les concerts s’accumulent et plus il devient difficile de se souvenir de tout.

M : Y’en a tellement qui étaient biens. Mais un de mes concerts préférés, c’est un festival qu’on a fait à Québec, et il y avait Guérilla Poubelle et Xavier Caféine. Du début à la fin du concert, on a joué des chansons avec tous les groupes, c’était vraiment bien.

G : J’hallucine de penser à tous ces moments merveilleux qu’on a vécus et que j’ai oubliés ! Il faut que quelqu’un se le rappelle pour moi, qu’on m’en parle « Ah oui cette fois-là, oui c’était un bon moment. » Il y en a eu tellement. Je me rappelle des Rues, c’était un festival d’été, c’était quelque chose ! Sur le coup, on sentait qu’il se passait quelque chose de vraiment particulier. C’est vrai que ça n’a pas été un concert facile, mais c’est le souvenir que j’en garde qui est vraiment marquant.

vm5En attendant que tu te souviennes, quel livre et quel disque vous emporteriez sur une île déserte ?

G : J’emporterais sans doute un peu de Bukowski…

Non, un seul livre, pas « un peu » ! 

G : Ah un seul ? J’emporterais peut-être la Bible, je l’ai jamais lue, et c’est vraiment long à lire.

Et quel disque ?

G : Je n’écoute plus de musique. J’écoute que des humoristes. Je m’emporterais un stand-up live, en attendant que le plaisir d’écouter de la musique revienne. En fait, c’est impossible de choisir. Je déciderais de ne rien emporter je crois, juste pour ne pas avoir à choisir. Ou alors tiens, le dernier album de Guérilla Poubelle.

M : Je crois que j’emporterais des nouvelles. J’adore les nouvelles de Maupassant. Ce serait facile de les relire. J’emporterais aussi un album de Johnny Cash, il me consolerait quand je serais triste

D’accord. Ben dis donc, être consolée par Johnny Cash ! …  

M : Il me ferait brailler et après ça irait mieux !

G : J’emporterais ma brosse à dent. 

Pour finir, votre rêve le plus fou, là tout de suite, maintenant.

G : J’en ai fait des fous à l’hôtel ces derniers jours, mais ça ne se raconte pas.

M : Un enfant, moi je dirais.

G : Euh… La fatigue s’est installée dans mon cerveau… Je ne sais pas. Oui, un enfant ça doit être intense, ça doit être fou.

M : Il m’a copiée, hein ?

G : Tiens, j’aimerais assez être le guitariste des Pixies.

Ok, c’est dit ! 

dimanche, mai 22 2011

Peutit Keupon toujours à bloc!

Après de (trop) longues années d'absence, après l'avoir cru mort et enterré, à bloc! a retrouvé Peutit Keupon!

Après l'avoir invité à squatté notre dernière de couv', nous l'invitons à squatté notre blog.

Peutit Keupon

mercredi, mai 18 2011

La Conquête du Pain Baguettes, croissants, et autogestion

« Bonjour ! Je voudrais une préhistorique et un Blum-Blum. Vas-y, mets m’en un gros s’il te plaît. Sinon, qu’est-ce que vous avez de nouveau ? » Et quand on va faire une Rôtisserie, en soutien à notre fanzine préféré, à un groupe militant ou à l’ABC qui vient de se (re)monter sur Paris et la région parisienne, on n’oublie pas de passer un coup de fil à Pierre, Thomas ou Matthieu, pour passer commande de pain !
Mais derrière la baguette préhistorique (une autre façon de nommer la tradition), la baobab ou le fameux Blumenbrot, il y a tout un projet politique que nous présente Pierre…

logo conquête du pain

La Conquête du Pain, c’est pas une boulangerie comme les autres : tu peux nous expliquer ses principes, son fonctionnement, bref, tout le projet ?

Pierre : Le projet, c’est avant tout une boulangerie, sauf que c’est une SCOP

(Société Coopérative de Production). Une coopérative dont le principe est de

fonctionner en autogestion, avec tous les problèmes et le bordel que ça implique.

Pour l’instant, on est quatre : deux en boulangerie, un qui s’occupe de la

distribution (restos, AMAP) et un qui s’occupe de la vente en boutique et de la comptabilité.

On fait des AG hebdomadaires, avec les gens qui travaillent ici, plus

éventuellement un stagiaire et l’apprenti. On y fait un rapport de ce qui s’est

passé dans la semaine, et après, on prend les décisions pour la suite du

fonctionnement de la coopérative. Collectivement. Chacun est responsable de son

poste devant l’assemblée générale. C’est le principe du mandat impératif. Moi je

suis mandaté pour faire la prod, et j’en suis responsable devant l’AG, et c’est

pareil pour chacun d’entre nous.

Question salaire, comment ça se passe ?

On est tous payés selon le même taux horaire : on espère bien l’augmenter, mais à

l’heure actuelle c’est le SMIC. On a tous la même répartition des bénéfices. Le seul

qui n’est pas tout à fait au même salaire, c’est l’apprenti ; il a un salaire

d’apprenti, mais il touche la même répartition des bénéfices que nous.

Comment sont faits les choix de ce que vous produisez ?

C’est moi qui propose, parce que c’est moi qui fais le pain. En fait, il y a

plusieurs niveaux : il y a la gamme de base, et puis ce que des clients nous ont

demandé, comme le Blumenbrot. Il y a aussi des gens qui nous ont demandé des bagels,

on va essayer d’en faire. En règle générale, comme je suis responsable de la prod,

je propose, mais il faut que ça soit validé par l’AG. Si l’AG dit non, on ne le fait

pas. Et Matthieu doit donner son avis sur les coûts.

Et les fournisseurs, les matières premières ?

On n’est pas des hippies, hein, on va pas bosser avec un mec qui fait pousser tr

ois chèvres et qui nous livre cinq kilos de farine quand il a le temps. On a un vrai

meunier qui fait du bio, produit localement, dans le 77. Mais c’est le premier

meunier bio en France. Oui, c’est plus cher, mais la farine est de bien meilleure

qualité, et c’est plus facile à travailler.

Quel est l’intérêt d’une SCOP par rapport à un statut normal ?

C’est le seul statut qui permette d’essayer l’autogestion. Mais la SCOP n’est pas

forcément une entreprise autogérée. Une partie des bénéfices doit être redonnée aux

salariés, pas forcément tout. Il peut y avoir des patrons, des gérants ; ça peut

être une entreprise classique. Les Nouveaux Robinsons, c’est une SCOP, pas une

entreprise autogérée. Nous, ce qu’on voulait, c’était une entreprise autogérée. Et

dans une SARL, c’est carrément plus compliqué, même si c’est techniquement faisable.

S’il y en a un qui rachète une part de plus, il a une voix de plus, alors il faut

bidouiller…

Au début, vous ne deviez faire que du gros, et puis vous vous êtes ouverts sur le

voisinage. Pourquoi ?

Pour deux raisons. La première, c’est que sinon c’était pas rentable. Et puis

ç’aurait été dommage : c’est la seule boulangerie du quartier, et les voisins nous

ont dit et redit que ça les faisait chier que ça ferme. On a essayé, ça a marché, du

coup on a continué. Et ça vaut le coup parce qu’on est bien implantés et qu’on a une

bonne image dans le quartier : même par rapport au projet politique qu’on défend,

tout le monde sait que la boulangerie est en partie tenue par des anarchistes. Ça

les fait rigoler. Maintenant, on fait aussi le meilleur pain du quartier, du coup

les gens viennent, même ceux qui ne sont pas d’accord avec nous. Et ils sont

contents parce que c’est un commerce de proximité, il y a des gens qui peuvent faire

la récup’… Et puis on organise des rencontres avec eux une fois par mois.

conquête du pain

Et là, qu’est-ce que vous faites ?

On fait visiter la boulangerie, on fait une démonstration, on leur fait goûter des

trucs qu’on lance, et après, on fait une plénière avec eux, on leur demande s’ils

ont des questions, des remarques… En gros, on intègre aussi les gens qui achètent ce

qu’on fait au processus. Mais comme c’est nous qui produisons, c’est nous qui

connaissons nos limites, il y a des choses où on dira toujours non. Parfois, le

voisinage s’implique davantage. Il y a un resto qu’on fournit par exemple, c’est un

des voisins qui l’a trouvé. Il a été le démarcher lui-même. D’autres ont fait des

affiches, un autre nous a fait notre enseigne. On a des coups de main, surtout du

monde militant. Et du coup, on fournit aussi les initiatives militantes. Quand c’est

des trucs organisés, on fait des tarifs réduits, et quand c’est des grèves et tout,

on les paye nous-mêmes. Forcément, les gens nous rendent la pareille. Les copains

squatteurs de Montreuil, comme on se faisait cambrioler en bas, ils sont venus nous

poser des grilles.

Les apprentis, les stagiaires, ils sont surpris ?

Certains viennent parce qu’ils savent que c’est une SCOP. D’autres ne calculent pas

ce que c’est. Et Nassim qui est là en ce moment, notre apprenti, pour lui je suis

son patron, c’est tout. En plus je suis celui qui lui fait faire des maths, alors

c’est même pire que ça. (rires) C’est surtout qu’il ne connaît rien d’autre.

D’ailleurs, ce qui me fait flipper, sincèrement, c’est quand il va tomber dans la

boulangerie, là il va manger…

Y a-t-il un réseau des SCOP en France ?

Oui ; en fait, il y en a deux. L’officiel, qui s’appelle l’Union des SCOP, géré par

le ministère. Pour monter une SCOP, faut passer par eux. Mais bon, ils sont très

loin de l’autogestion : ils défendent une espèce de cogestion dans l’entreprise. Et

puis il existe aussi un réseau beaucoup plus petit qui s’appelle le réseau REPAS,

qui regroupe un certain nombre d’entreprises qui, elles, se définissent comme

entreprises autogérées.

Et la concurrence ?

Pour l’instant, on les connaît pas. En fait, les boulangeries de Montreuil, elles

nous font pas trop de concurrence… Il y en a un ou deux qui sont venus visiter,

certains officiellement, d’autres non. Bon, ils sont discrets comme des boulangers,

alors ça se voit un peu ! (rires) Je sais que notre nom a tourné à Montreuil. Mais

on n’a pas eu de problèmes avec eux, genre avec des grosses boulangeries qui

pourraient prendre ombrage de notre implantation. Comme Moisan. Ils nous connaissent

pas ; je suis pas trop pressé qu’ils nous connaissent. Bon, si un jour on se

développe, alors effectivement, ça posera problème.

On a entendu dire que vous voulez ouvrir une deuxième boulangerie : c’est vrai ?

On en a discuté un jour : c’est vrai que ça serait rigolo d’ouvrir une boulangerie

qui, elle, serait à des prix hyper bas. À La Conquête du Pain, on fait les prix

d’une boulangerie normale, avec une certaine gamme de produits assez développée, des

pains que tu trouves pas ailleurs. Avec de la farine non bio, mais de bonne qualité,

on pourrait faire la baguette à 70 centimes.

Et comment vous faites pour les investissements matériels ? Les fonds, au début, on

les avait. Et pour les travaux, on sait pas. On va lancer une souscription, pour une

partie, et pour le reste, on va se démerder.

Plan_boulangerie.jpg

lundi, mai 16 2011

À bloc à la radio !

On a été gentiment invité par les copains de l'émission Konstroy, sur Fréquence Paris Plurielle le dimanche 8 mai pour présenter notre fanzine. Vous pouvez écouter l'émission en cliquant ici !

mercredi, mai 11 2011

La Conquête du Pain a besoin de soutien

Dans notre premier numéro, on a présenté une boulangerie pas comme les autres, proposant croissant et littérature libertaire, basée à Montreuil (93). Assez bêtement, on avait oublié de donner l'adresse, c'est pour ça que tu trouveras ci-dessous un plan pour y aller. On en profite pour faire circuler l'appel à soutien, pour que la bouangerie puisse continuer à se développer.

Le plan :

Plan_boulangerie.jpg

Souscription pour la Conquête du Pain

La Conquête du Pain, vous connaissez ? c'est une boulangerie bio et autogérée à Montreuil. depuis six mois en plus de fabriquer et de vendre du pain dans sa boutique, elle le distribue dans les réseaux alternatifs notamment les AMAPs. Mais ce n'est pas tout: c'est elle qui fournit le pain au concert et soirée militante, c'est elle qui graca à sa caisse de grève a envoyé du pain à la raffinerie de grandpuit ou au centre d'incinération de St Ouen. c'esst aussi elle qui à fourni plusieurs soirées de soutiens aux Roms de Montreuil ou dernièrement au gréviste de l'hôpital Debré.
Et la conquête du pain c'est aussi une bibliothèque, une table de presse... tout ça dans une vrai boulangerie. Pour perdurer il nous faut rénover ce local: notamment racheter un four, le nôtre est vieux, et faire des travaux dans le fournil, pour le mettre aux normes. Mais il faut des sous, beaucoup de sous, le four par exemple coute 32 000 euros hors taxe. c'est pourquoi nous appelons à une souscription pour nous aider à faire ses aménagements. merci et à bientôt:
 chèque à adresser à "la conquête du pain" 47 rue de la Beaune 93100 Montreuil. ordre: "la conquête du pain"
 

lundi, mai 9 2011

Retrouvez À Bloc au Petit Bal sauvage !

Vous pourrez retrouvez une partie de l'équipe du fanzine au Petit Bal Sauvage (cf. ci-dessous). Alors, à dimanche !

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mercredi, mai 4 2011

Bouffe de soutien au fanzine À Bloc à la Rôtisserie !

POUR LA SORTIE DU PREMIER NUMÉRO,

À BLOC! VOUS INVITE AU RESTO

Au menu :
Entrée : Haricots à l’émeute grecque
Plat :  Lasagnes aux grosses légumes
Dessert : cannelés molotov & fraises au fromage blanc

samedi 7 mai 2011 à partir de 19h30
à LA RÔTISSERIE - 4, rue Sainte-Marthe, Paris Xe M° BELLEVILLE

La Rôtisserie a besoin de votre soutien !

La Rôtisserie est un restaurant associatif victime des pratiques scandaleuses d’une agence immobilière. Ce restaurant pas comme les autres vous accueille le midi du lundi au vendredi et chaque soir, l’une des 75 associations membres cuisinent et vous servent, pour financer leurs projets. Ce restaurant pratique des prix et une cuisine permettant l’accueil du plus grand nombre. Ce sont 6 emplois, une centaine de projets et un restaurant de quartier qui se trouvent aujourd’hui en danger. Plus d'infos

mardi, mai 3 2011

Sommaire visuel

Sommaire.jpg

Un zine gonflé à bloc!


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