Note : Ce texte est d'abord paru dans "Vive l'asocial" n1.




Cela fait désormais plus d'un an que l'hypermarché du lien social préféré des groupes punks (*) n'est plus qu'un club de has-been moqué par tous  y compris par la frange musicale la plus inoffensive (le clip "myspace tu vas mourir" des Rois de la Suede est sorti fin 2010). Et pourtant il continue d'infester fora et newsletters. Personnellement (et je vous engage bien évidemment à faire de même) j'ai pris l'habitude de me désabonner de chaque newsletter gangrénée par la pub pour Myspace(c) ou Facebook(c) en le signifiant clairement au spammer qui m'enjoint de le retrouver dans son supermarché. Même les vieilles barbes croulantes du CSA sont bien obligées de le reconnaitre ; citer "Twitter", "Facebook" ou "Myspace" ce n'est rien d'autre que de la publicité clandestine !
Alors quoi ? Vous les orgas de concerts, les groupes, les fanzineux, vous avez passé des partenariats avec MS ou FB ? Non ? Alors arrêtez cette publicité clandestine obscène pour des transnationales US. Vous ne supportez pas les logos du conseil régional mais vous blindez vos annonces de pubs pour de gigantesques sociétés privées ; bonjour la cohésion.


Aux groupes, orgas, fanzines, etc...

Internet est un média, un vecteur d'information neutre, pas cette benne à ordure de droit privé réduite à trois ou quatre plateformes commerciales spécialisées dans la revente d'informations privées et l'affichage publicitaire. Internet est média que l'on parcourt comme on regarde la télé, comme on lit un journal. Un impact publicitaire sur internet vaut un impact publicitaire sur n'importe quel autre média. En mettant de l'information sur un réseau social commercial, vous alimentez le système. Vous n'êtes plus seulement de passives victimes de la société de consommation, vous devenez acteur propagateur des messages publicitaires. Comme le salarié forge ses propres chaines en devenant actionnaire, le révolutionnaire suicide sa cohérence en se faisant vecteur de publicité. D'un côté il cherche à  éveiller et émanciper le peuple, de l'autre il l'abreuve de messages voués à annhiler ses capacités de réflexion et de révolte. Le Web 2.0 est aux émancipateurs ce que l'actionnariat salarié fût au syndicalisme ; son agonie. Cracher sur la société de consommation quand on véhicule sa propagande, c'est jouer les amuseurs publics de la société du spectacle.


Et si on arrêtait de se lamenter pour construire autre chose ?

Alors, ok, on l'a bien noté. Faire un site web "c'est trop compliqué", "et pis [vous êtes] trop fainéant" (l'utilisation sans vergogne de l'alibi de la paresse intellectuelle m'a toujours sidéré mais passons)... Ce qui ne cesse de me surprendre, c'est que même en 2011, un bon nombre d'entre vous semble toujours autant mépriser l'outil internet. Même si vous y passez des heures et des heures dessus (internet a détrôné la télévision), même si la capacité de mobilisation et de propagation des idées spécifique au médium a prouvé son importance (de la lutte contre l'AMI fin 90, au rôle central qu'il a joué dans les révolutions arabes, en passant par le "non" à la constitution européenne en 2005), même si c'est le principal vecteur de votre musique (surtout que les lieux de concerts ont tendance à se réduire à peau de chagrin), vous ne cessez de l'évoquer avec un certain dédain. comme si l'ultra-libéralisme n'avait pas d'importance lorsqu'il est véhiculé par un câble éthernet ou un réseau wi-fi.
Et si au lieu de mépriser l'outil et de pleurer sur votre supposée incompétence, vous remballiez votre morgue et vos mouchoirs, et vous cherchiez à vous approprier le réseau ? Plutôt que de laisser de sombres margoulins financiers gérer et contrôler à votre place un univers qui n'existe QUE parce que vous l'alimentez. FB ne produit rien. Mais il contrôle votre production. FB et MS vous louent des machines et vendent votre production. Ils la monétisent jusqu'au moindre bit, et vous en assurez la publicité et la croissance en ramenant toujours plus de monde dans l'entreprise ("rejoins nous sur"). Vous êtes à la fois producteurs et représentant commercial. Vous travaillez gratuitement pour FB qui revend à prix d'or les espaces publicitaires générés par votre production.
Les Facebook(c), Myspace(c), Blogspot(c) ont besoin de vous. Vous n'avez pas besoin d'eux.


Alors on l'achève ce Web 2.0 ?

Alors oui, il faut reprendre le contrôle de notre production. Dans la vie salariée ce n'est pas simple. Mais dans notre vie sociale et intellectuelle, si. Oui c'est simple de se passer d'ogres financiers dont la seule fonction est de nous louer des serveurs et d'en monétiser le contenu  produit par nos soins. Oui c'est simple de publier son propre contenu, d'entrer en contact avec des gens, de discuter, d'échanger. Internet a été créé pour ça. Les individus du monde entier n'ont pas attendus l'émergence de méga plateformes pour nouer des contacts, tchater, échanger des mails.
En revanche il faut l'avouer, le web s'est grandement technicisé, à l'instar de chaque pan de notre environnement (qui sait encore bidouiller son petit électro-ménager, réparer un téléphone ou tripatouiller un moteur moderne de bagnole ?). Soit. Alors regroupons-nous ! Coopérons ! Un ou deux "techniciens" du web suffisent à créer un point de fixation libertaire, une micro-plateforme autogérée, un espace transparent et non marchand. En un mot ; un soviet. Un regroupement de gens aux compétences diverses, qui progresse, discute, publie, communique, sans gangrène publicitaire et sans marchandisation de la vie privée.



Autogestion des moyens de publication ! Let's soviet the web !


abFab


(*) Il s'agit de myspace(c). Il n'est pas inutile de le préciser pour ceux qui liront ce texte dans quelques années et qui auront totalement oublié ce réseau social publicitaire appartenant à l'ultra-droitier Rupert Murdoch et racheté en 2011 par le bouffon popeux Justin Timberlake (avec l'aide de Specific Media, grosse boite de pub).