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vendredi, janvier 25 2013

La toute petite histoire du punxrezo. Du web 2.0 au Web soviétique.


Note. Ce texte a été publié sur le livret de la compilation "Volume 1", sortie en juillet 2012 pour soutenir le Punxrezo et payer son hébergement chez les camarades de Toile-libre.


Le punxrezo est un site web de type "réseau social" orienté vers la scène punk et personnalisé pour les groupes de musique. C'est un lieu où les membres peuvent partager leur musique, montrer leurs graphismes, photos, fanzines, sans agression publicitaire.
Il a été fondé par un obscur groupuscule répondant au nom fleuri de "la balayette connexion" et composé de quatre personnes un poil autistes, dont l'auteur de ces lignes. Mais avant d’entrer dans le détail, il faut replacer le projet dans son contexte.

The great "Web 2.0" swindle

Le "Web 2.0" repose sur une double arnaque, technique et sémantique, pour finir en hold-up planétaire. La définition exacte du web 2.0 n'existe pas ; l'inventeur du machin, Tim O'Reilly est revenu dessus à plusieurs reprises sans pour autant apporter de réponse définitive. De manière générale on nous vend la soupe en tant que révolution technique (la programmation en Ajax) et pratique (le web serait devenu "participatif").
C'est beau mais c'est totalement bidon : l'Ajax n'est qu'une appellation générique désignant un ensemble de technologies déjà existantes, et Internet n'a pas attendu un hypothétique web 2.0 pour être participatif. En effet, les forums et les webzines ont commencé à se répandre dès le début des années 2000 (avec la démocratisation des solutions à base PHP/Mysql comme phpbb, spip, phpnuke...).
Pourtant, le Web2.0 existe bel et bien, et il a réellement révolutionné Internet. À la façon d'un "grand bond en arrière" (pour reprendre l'expression de Serge Halimi).
Le Web2.0 désigne le hold-up d'Internet au profit de quelques grosses plateformes, par la centralisation des données et la monétisation systématique de tout ce qui peut l'être. D'un point de vue technique, le Web 2.0 c'est du Minitel, comme l'explique Benjamin Bayart dans sa conférence "Internet libre ou Minitel 2.0?" [1], c'est à dire que toutes les données sont centralisées sur quelques gros sites (Facebook, Youtube, Myspace).
Internet se réduit désormais à une dizaine de monstruosités commerciales ; on ne dit plus "J'ai un site" mais "J'ai un myspace" ou "Viens sur mon facebook". On parle même de "suicide social" quand on quitte Facebook. En pratique, le Web 2.0, c'est la transformation intégrale de l'individu en marchandise, transformation basée sur un concept commercialement génial ; l'UGC, le User Generated Content (contenu généré par l'utilisateur).
Autrement dit l'entreprise ne fait absolument rien : c'est l'utilisateur qui fait tout, gratos. L'utilisateur fournit gracieusement ses données personnelles, qui sont revendues à prix d'or aux régies publicitaires, l'utilisateur fournit gracieusement le contenu du site, et enfin il fournit le temps de cerveau disponible de ses visiteurs par l'affichage imposé de bannières publicitaires. Et comme pour entrer en communication avec un utilisateur il faut s'inscrire, eh bien l'utilisateur fournit aussi des nouveaux membres : c'est le jackpot à tous les étages. La société (Facebook, Myspace...) ne fait rien, ne produit rien, mais monétise tout ce qui ne lui appartient pas : le contenu, les données personnelles, le lien social. Pour vendre son concept, elle l'emballe dans une terminologie humaniste à base de "participatif", de "réseau social" et de "gratuité". Où avez vu du gratuit là-dedans ?[2]. Résultat : ça roule tout seul. Bingo. Facebook constitue une valeur boursière de 100 milliards de dollars... Et tout ça sans produire aucun contenu.

Le cas Myspace(c).

MS est l'entreprise du Web 2.0 sur laquelle nous avons dès le départ focalisé notre attention pour la simple et bonne raison qu'elle a entièrement gangrené le milieu musical et associatif. MySpace, au même titre que Darty ou Carrefour, est une entreprise : chaque fois qu'on la cite, on provoque un impact publicitaire.
Que tel groupe ou telle asso soit sur tel site de rencontre, ça les regarde, mais quand cette page devient leur unique point d'accès au web, c'est gênant. Un peu comme si pour rencontrer quelqu'un vous imposiez qu'on vous retrouve à Macdo ou au rayon Hi-fi de la Fnac. Et non seulement vous l'imposez, mais en plus vous le faites savoir partout : sur les flyers, les affiches, les livrets de CD, les inserts de disques, etc. "Asso Super Rebelle / Rayon boucherie Auchan Velizy". C'est agaçant. Comme si, parce qu'elle concerne internet, la publicité devenait magique et n'avait plus aucune conséquence.
C'est donc effectivement en grande partie pour essayer de débarrasser la scène "punk" (au sens large) de ces scories publicitaires (pour un site de rencontres qui, rappelons-le, appartenait à Rupert Murdoch, éminent propagandiste d'Extrême droite et ultra belliciste patron de Fox News) que nous avons tenté de mettre en place une alternative.
Le but n'était pas de concurrencer MS, mais de permettre aux groupes, fanzines, asso, de se créer un espace sur Internet au sein duquel leurs visiteurs ne seraient pas obligés de donner leur temps de cerveau disponible à Coca cola (selon l'expression désormais consacrée). Il est pénible de devoir se farcir des bannières de pub pour découvrir un groupe "anarcho punk anti capitaliste". Que les gens manquent de cohérence, ça ne regarde qu'eux, mais qu'ils imposent de la publicité à leurs visiteurs, c'est disposer de leur attention à leur insu. Pour regarder TF1, on paye Bouygues en regardant de la publicité. Je ne vois pas pourquoi je paierais Rupert Murdoch pour écouter des groupes punks (ou toute autre musique d'ailleurs). Ça n'a pas de sens.

Et le punxrezo dans tout ça ?

Le Punxrezo est né quand nous avons eu en main la solution technique. Aucun de nous n'ayant la connaissance suffisante pour construire un site de A à Z, tout était resté plus ou moins à l'état de cahier des charges [3]. Quand j'ai découvert le projet "Elgg" [4], j'ai vu de suite qu'il était ouvert non seulement par le code (open source) mais aussi dans l'esprit avec ses multiples flux RSS[5]. Nous avions enfin un logiciel de réseau social permettant d'interagir avec les autres types de sites, pour peu que ceux-ci gèrent aussi les flux RSS.
À partir de là nous avons commencé à personnaliser l'environnement : ajout d'un lecteur musical et d'un lecteur vidéo, d'un agenda de concert partagé, d'un système de publication d'actualités (appelé "telex"), etc. En bref nous avons équipé le punxrezo du minimum syndical afin qu'un groupe puisse présenter son actu, ses concerts, sa musique.
Il faut préciser que cette solution ne correspond pas au cahier des charges initial. Au départ nous voulions une solution totalement décentralisée ; un petit logiciel facilement installable par tout le monde, sur n'importe quel hébergement, et pouvant se connecter de manière naturelle avec tous ceux qui auraient installé le même logiciel, créant ainsi, au gré des connexions, un réseau entièrement décentralisé. Mais il a fallu se rendre à l'évidence, c'est concrètement inapplicable. En une dizaine d'années, les utilisateurs ont en effet massivement désappris Internet, et envoyer un script sur un hébergement web représente désormais une tache trop complexe pour le communs des internautes[6].
Viser la décentralisation totale est donc une utopie, mais doit rester malgré tout un objectif à atteindre. Comme elle est en pratique impossible aujourd'hui, nous considérons que le punxrezo n'est qu'une étape dans le retour à un internet décentralisé [7].

Le pouvoir aux soviets, pas à Facebook.

Notre objectif n'est donc pas de grossir indéfiniment, au contraire : un punxrezo avec cinq mille membres serait totalement incohérent. Tout cela prendra véritablement un sens lorsque d'autres "punxrezos" verront le jour (réseaux locaux, réseaux thématiques, etc) et que nous trouveront le moyen de nous fédérer et d'évoluer ensemble.
Ce que nous ne pouvons faire pour l'instant au niveau de l'individu nous devons le faire au niveau du groupe, c'est-à-dire du réseau social. Pour contrer ces immenses plateformes commerciales centralisées, nous devons élaborer un web à base de réseau sociaux de petites tailles et fédérés entre eux. Vous excuserez ma vision un poil romantique et certainement simpliste de l'histoire, mais je ne peux m'empêcher de penser aux marins de Cronstadt qui, en 1921 dans la Russie bolchevique, luttaient contre le pouvoir d'un parti unique et centralisé pour le donner aux soviets[8]. Alors plutôt que de parier sur un "web 3.0" dont les bases ultra techniques (web sémantique, cloud computing, et autre charabia d'expert) vont éloigner encore plus l'internaute d'Internet, je préfère miser sur l'avènement d'un "web soviétique", composé de réseaux sociaux autogérés et fédérés entre eux. Le terme est évidemment choisi à dessein ; historiquement parlant les soviets incarnent l'auto-organisation du peuple en lutte contre un pouvoir centralisateur (et bureaucratique) [9].  
C'est clairement afin de poursuivre cet objectif que la version "Cronstadt" du punxrezo a vu le jour au cours de l'année 2011. Hormis quelques évolutions et mises à jour techniques, le réseau s'est doté d'une structure autogérée : comité d'autogestion, comités techniques, comité de rédaction (pour gérer la page d'accueil du site, la newsletter ainsi que "Vive l'(a)social", le propagandzine du pxrz). Il ne reste plus qu'à créer une fédération. Parce que se fédérer tout seul, techniquement c'est pas très difficile, mais d'un point de vue utile, c'est très limité.
L'étape suivante, c'est donc la créations en masse de cyber-soviets, de punxrezo-like, qui se fédèreront joyeusement en dehors de la sphère centralisatrice et publicitaire du "web 2.0" qui a transformé l'Internet du DIY en un immense hypermarché dans lequel l'être humain changé en marchandise "like" des trucs, poste des comz, et "+1" des vidéos de chatons. Ou de clebs. Ou de saucisses. Qu'il pousse des réseaux sociaux comme des communes dématérialisées, qu'ils se fédèrent et que tout ce beau monde déserte les multinationales centralisées.

Il ne restera plus ensuite qu'à passer du réseau social à l'outil de production réel. Et le vieux monde pourra s'écrouler.

abFab


[1] http://www.fdn.fr/internet-libre-ou-minitel-2.html

[2] "l’utilisateur accepte en fait de céder gratuitement cette information (ses données personnelles, nda) à la plateforme, qui pourra, elle, la vendre aux annonceurs. Dans cette perspective, l’accès aux services de la plateforme est bel et bien payant dans la mesure où l’utilisateur cède gratuitement une information qu’il aurait pu vendre." (No free lunch sur le Web 2.0! Ce que cache la gratuité apparente des réseaux sociaux numériques, in Regards Economiques, numéro 59)

[3] Un "dawaspace" basé sur Spip, a bien été tenté, mais il n'était pas suffisamment ergonomique le grand public.

[4] http://elgg.org

[5] Les flux RSS sont à la base de la syndication, ils permettent d'afficher les nouveautés d'un site sur un autre.

[6] A cette époque le web pullulait de sites personnels entièrement faits main avec une poignée de code html, sur lesquels les internautes racontaient leur vies et montraient des photos de chatons (les blogs n'ont rien inventé). Aujourd'hui l'immense majorité des internautes pense qu'il faut être ingénieur pour faire un site.

[7] Il ne faut pas oublier qu'à l'origine Internet n'est qu'une connexion d'ordinateurs, c'est son état naturel que d'être totalement décentralisé.

[8] Le mot d'ordre du soviet de Cronstadt était : "le pouvoir aux soviets pas aux partis". Lire : http://fra.anarchopedia.org/Cronstadt

[9] Dans l'ère post-tsariste de février 1917, c'est le foutoir en Russie et le peuple s'auto-organise en conseils (soviets). "[...]la Russie devenait incontinent une République des soviets, de comités, que les forces centralisatrices, gouvernement, partis politiques ou syndicats, allaient essayer de contrôler, de reprendre en mains. Une épreuve commence en Février et ne s'achève que bien après octobre." (Marc, Ferro, "Des soviets au communisme bureaucratique").

dimanche, mai 27 2012

Soeurs d'armes ! (nan j'déconne)

A l'occasion de la réédition des aventures d'Al Crane chez itself, Fluide Glacial publie la première de ses aventures, "Frères d'armes", bien connue des fans de Bérurier Noir puisque c'est dans celle-ci que l'on trouve le fameux dialogue de la chanson... "Frères d'armes" (et ouais), de l'album Macadam Massacre

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Sur la page de FG qui présente la réédition, Phil Casoar décrit le personnage principal : "un fameux salopard, un véritable fils de pute, une ordure putride de la pire espèce. Chasseur de prime, lyncheur de nègres, scalpeur d'indiens, aussi venimeux qu'un crotale, charognard totalement dénué de respect, machiste, raciste[...]"  

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Dans l'histoire qui sert de base au morceau des Béru, Al Crane est un lieutenant Nordiste chargé d'escorter le lieutenant sudiste Badbury. Encerclés par les indiens, ils s'adonnent alors à ce sympathique échange nostalgique autour de la bataille de Pigstown, "chaude affaire".


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Vous pouvez retrouver la planche sur le site des Béru, rubrique punkographie, dossier noir.



Quand à la zique de "frère d'armes", (qui est la prolongation du morceau instrumental précédent, "johnny got his gun", dont le titre reprend celui du film de Donald Trumbo), c'est un traditionnel ricain rendu célèbre par Kubrick dans son "Docteur Folamour".


 
Bérurier Noir : Johnny got his gun + Frères d'armes


C'est marrant de voir comment un morceau peut être si fortement référencé, mélant BD, cinoche, horreurs de la guerre (thématique récurrente s'il en est des Béru), ancrage contemporain (même si la dénonciation de l’imbécilité des états-majors qui sert de message au film de Kubrick possède une portée tout à fait intemporelle, elle n'en reste pas moins contextualisée à la guerre froide), et originalité artistique. Ils sont quand même rares les groupes capables de ce genre d'exercice, et franchement ça manque, on aimerait bien pouvoir parfois s'exciter les neurones sur des morceaux d'une profondeur autre que les sempiternelles litanies anti-flic houblonnophiles.

amha comme on dit.

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Et sinon, chez Fluide ça ne s'arrange pas. Pas une seule fille au sommaire ce mois-ci. Et la bédée de Lindingre en copinage à Didier Wampas, elle fait limite pitié... J'ai pas bien compris si c'était un scénario égotiste de DW ou une hagiographie de Lindingre mais ça n'a pas vraiment d'importance..

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Même pas envie d'analyser tellement c'est crétin...

dimanche, mai 20 2012

Heyoka, Etat des lieux et Piqueteros live


"Nous ne sommes pas une avant-garde, nous ne voulons pas gouverner, seulement mettre nos idées en acte pour que d'autres puissent s'en inspirer, comme l'eau qui rentre dans la roche et finit par l'exploser."
(Dans l'ombre, Heyoka)



Heyoka - Etat des lieux


Le dernier album d'Heyoka est tout simplement énorme. Le groupe phare de l'anarcho-punk dijonnais des années 90 s'était reformé il ya quelques années, à l'occasion de la sortie d'une anthologie (Piqures de rappel) fort complète et agrémentée de chouettes bonus. Actualité permanente des textes et puissance scénique non démenties ; la reformation avait du sens sur le papier, elle le confirme sur les planches. Leur punk hardcore mélodique enragé et militant appuyé sur un public généralement conquis d'avance fout le feu un peu partout dans l'hexagone, calmant au passage les plus fervents contempteurs de reformations.

Ci-dessous "El Pueblo" à la Parole Errrante (festoche CNT, 2009)




Il restait toutefois à transformer l'essai par l'arrivée de nouvelles compos (parce que même toujours d'actualité, une setlist à la naphtaline ça peut vite virer à la tournée "salut les anarcopains"). Tout vient à poing à qui sait le tendre, here is "Etat des lieux !". 12 titres ravageurs qui provoque instantanément l'extase de l'auditeur tellement ils correspondent à ce que l'on attendait sans pour autant imaginer que le groupe parviennent à le réaliser. Des tubes et des hymnes, des textes énervés passant d'une terrifiante lucidité (sous contrôle, état des lieux) à la rageuse espérance  (dans l'ombre, révolte), une écriture teigneuse et subtile qui ne prend à aucun moment son public pour un con et le pousse au contraire à faire turbiner ses neurones, une zique qui dépote et sait manier le passage choral comme personne ; cet opus est d'ores et déjà un classique, magnifié par l'artwork imposant de Yann HxC qui su lui donner un visuel pour le moins original et surtout mémorable.

Parmi ces douzes tueries musicales, il en est une qui parle de l'Argentine et des Piqueteros (comme une sorte d'écho au titre EZLN de leur premier album). Les Piqueteros ce sont ces argentins qui, à la fin des années 90, se mirent à bloquer les rues en protestation à la crise provoquée par les politiques du FMI. Mouvement profondément populaire, il ne prend naissance dans aucune idéologie de parti, mais dans une réelle révolte qui se construira autour des principes de démocratie directe. Ces mêmes principes qui donneront naissance à partir de 2002 à la vague d'occupation et de reprise en autogestion d'entreprises en faillite. 


"Les premiers piqueteros de la Coordination Anibal Veron à Solano n’étaient pas des militants très radicaux, comme le croyait le gouvernement, ni des "punteros" de quartiers, tel que nous souffle un préjugé facile. Il ne s’agissait pas non plus d’ouvriers licenciés des usines après y avoir travaillé la moitié de leur vie. Les fondateurs du mouvement des piqueteros se sont fait connaître en coupant des routes, la figure flanquée de passe-montagnes et foulards et niant posséder des dirigeants. C’était un groupe de chrétiens et de laïques originaires de la paroisse catholique de Quilmes. Presque toutes étaient des femmes."
(Risal, Le mouvement des piqueteros en Argentine, Laura Vales, 2003)


Le titre d'Heyoka fait référence à décembre 2001, quand l'Argentine a "explosé". Le peuple déjà exsangue se voit interdire de retirer son épargne, les retraits étant limités à 250 dollars par semaine. La classe dominante ayant bien évidemment soustraits des milliards à l'économie du pays avant l'annonce de la mesure. Jusqu'à présent les argentins avaient tout pris sur la gueule sans moufter... seulement là...

"[...]Le soulèvement a commencé quand des milliers de désespérés, dans leur immense majorité travailleurs au chômage depuis des années, dépourvus de toute couverture économique et sociale, se sont rués sur les supermarchés et les commerces et les ont pillés pour se procurer de quoi manger. Après un absurde discours du président de la Rúa affirmant que les protestations étaient organisées par « des ennemis de la République », la classe moyenne appauvrie a entamé un « cacerolazo » dans tous les quartiers de toutes les villes du pays. Puis, aussi spontanément que les premiers manifestants, elle est descendue dans la rue et s’est dirigée vers la Place de Mai, à Buenos Aires, et devant les sièges des autorités dans les autres villes.

Différence notable avec d’autres soulèvements, les Argentins non seulement rejettent le modèle économique, mais aussi l’ensemble de la classe politique et syndicale, à de rares exceptions près (dont la Centrale des travailleurs argentins, CTA). S’ils obéissaient auparavant à des consignes de grève et manifestaient en colonnes et sous les bannières de leurs organisations syndicales et politiques, cette fois ils l’ont fait en simples citoyens. Lors des manifestations, il n’y eut pas de drapeaux - à l’exception du drapeau national - et, pour la première fois en plus d’un demi-siècle, même pas les traditionnelles grosses caisses péronistes. Les quelques dirigeants politiques qui ont tenté de se joindre à la foule ont été rejetés, et des centaines de manifestants ont tenté de prendre le Congrès d’assaut.[...]" (Crise totale en Argentine, Carlos Gabetta, le diplo, 2002)

"Que se vayan todos !" pour le texte, des casseroles pour la musique, et un renversement de gouvernement pour conséquence. Comme quoi les morceaux les plus efficaces ne sont pas forcément les plus recherchés.


"Que se vayan todos !" est donc repris en refrain dans le morceau "Piqueteros" du dernier album d'Heyoka dont nous avons parlé en préambule. Album dont le groupe célébrait la sortie à Sail-sous-Couzan le 5 mai dernier. Et comme j'y étais et que j'ai tout vu, je peux témoigner que c'était achement bien. J'en ai même fait un clip.


Nous disions donc..
Heyoka, Etat des lieux, 2012, une co-prod  Maloka, LaDistroy, General Strike, Zone Onze, Deviance.
Disponible un peu partout maintenant, et en vpc chez LaDistroy.

On da web : punxrezo.net/heyoka , heyokapunk.com

Et en vidéo sur VitriolxTV

lundi, avril 16 2012

En v(r)ac

gandalf_is_a_punk.jpg
(la punkposte, des fois, c'est n'importe quoi !)


Il m'arrive parfois de jouer à la punkposte (je sais plus où j'ai mis ma dinette et ça fait belle lurette que je rentre plus dans ma tente d'indien) (donc je compense comme je peux). C'est plutôt chouette et même si je sais pas toujours ce que je transporte, ça permet parfois de découvrir des trucs. Et si j'ai l'occasion j'en rédige quelquefois une description que le taulier de ladistoy me laisse publier à côté du matos. Dans ce cas, faut aussi faire la notice en anglais, et la langue de brad pitt, ça fait pas loin d'un quinzaine d'année que je ne la pratique qu'avec des roumains (ou des coréens) ; inutile de préciser que le niveau grammatical et syntaxique de mes descriptifs navigue à la frontière du ridicule sans jamais parvenir à en sortir.

 
Et parfois, disais-je, ça me donne l'occase de découvrir des trucs que j'aurais soit pas idée d'aller écouter, mû par un a priori quelconque (souvent judicieux faut pas déconner), soit que j'en ignore tout simplement l'existence parce que le milieu punk (hexagonal en tous cas) et la communication c'est pas une folle histoire d'amour. Soit un mix des deux.
(ça arrive)


RNCS - Speed date with the devilGasteropodes killers - new bloodLes Slugs - Banqueroute 


Dans la première catégorie
on peut y classer les RNC's. Je les avais vu à Chécy lors de la grande soirée de gala de la hype orléanaise,  et on ne peut pas dire que j'étais tombé sous le charme. Le combo est fortement sympathique, il envoie le bois et toute la forêt, mais leur speedrock à fond les ballons chanté en anglais, c'est un peu hypnotique voire légèrement répétitif. Ils ont beau affirmer à Konstroy qu'ils construisent leur set de manière à le faire un peu respirer, en enchainant des morceaux rapides avec des morceaux plus "mid", moi, personnellement, à Chécy, ça ne m'avait pas frappé. Mais quand j'ai mis leur dernier skeud dans l'autoradio, j'ai quand même pris une claque.  Ouais, il ya des morceaux plus mid-tempo comme ce "shut up" énorme que j'ai mis en écoute avec la chronique. Et oui ça speed du rock'n'roll, mais la prod made by Pete Semprass (le Pete Burning Heads pour ceux qui ne suivent pas, là-bas à côté du radiateur) convient parfaitement au style et ça sonne super bon.

Finalement j'ai pondu ça pour la distroy... et je confirme :

High energy, ouais, c'est le moins que l'on puisse dire pour qualifier la production r'n'r des R'n'Cs (Rem and the Courbarians ça prenait surement trop de place sur la pochette). Ce troisième opus (c'est marqué sur la pochette) (si, si, à côté du nom du groupe) intitulé "Speed date with the devil" (le groupe avait d'abord projeté de l'appeler "2be3", mais Zéric ayant menacé d'abattre chaque membre qui soutenait la proposition, le consensus s'est finalement fait dans une autre direction) ne déroge pas à la règle, les titres s'y enquillent façon Ramones sous cocaïne. La prod est impeccable, la Semprass touch à décoller le crépis le son à fond colle parfaitement à l'ambiance. Quant à l'objet, un LP gatefold avec son CD planté au quart de poil sur la photo intérieure, il fera office de pièce maitresse dans votre elpéthèque.
16 titres de pur garage dont 3 reprises et ce morceau "Shut up", probablement le moins rapide, mais assurément un carton.


Dans la deuxième catégorie on peut y caser les Gastéropodes Killers. A vrai dire les Gasté c'est un peu bizarre ; j'ai l'impression d'avoir toujours vécu avec eux dans le paysage sans être pour autant foutu de sortir un seul titre de leur discographie. Hormis "classe ouvrière" qui se trouve sur le split CD avec Dies Irae et que j'avais écouté en boucle à l'époque. Sur leur site web au design des années 80, on trouve bien la disco, mais sans explication. Le seul descriptif du groupe se trouve coincé sur leur myspacedemerde. Ah oui,  il ya bien cette interview réalisée dans l'émission "Coma électrique" et disponible... sur Megaupload (à l'attention de générations futures, Megaupload était une plateforme commerciale de direct download fermée par le FBI en début d'année 2012). Bref si vous cherchez à savoir qui sont les Gasté, vous êtes mal barrés.
Reste qu'avec ce New Blood, lui aussi sorti chez Trauma Social, on s'approche du concept album aux  allures gothiques (heureusement que le morceau "Bourracho" vient recentrer le débat) (arf). De même que précédemment j'en ai fait un descriptif pour la distroy.


Dans aucune de ces catégories on ne pourra y glisser Banqueroute, le dernier né des Slugs. Le propagande fût savamment et chouettement (c'est un néologisme mais ça ne devrait pas) organisée ; on eu droit aux titres phares (voir plus loin) à propager avant la sortie de l'album (et en écoute sur leur pxrz). Et vu la qualité des morceaux, le teasing a bien marché, il me tardait de pouvoir glisser la rondelle dans la fente adéquate. Zéro déception, c'est bel et bien du très bon matos. "Il s'intitule BanqueRoute, au croisement du Banquier et du GPS, les deux titres phares, ceux qui ont inspiré à Gélise le collage de la pochette" qu'ils disent (sur leur site notamment). Et Banqueroute, en cette période, c'est on ne peut plus englué dans l'actualité. Et c'est aussi 11 titres Sluguesque à souhait ; une petite musique en guitare basse batterie non agressive (le son de gratte est souvent clair) sur une voix aux accents wallons à côper an cotia, et des paroles super malines et très bien écrites ("Traqué, fiché, filé, connu,
l’anonymat est révolu / J’ai laissé la technologie / prendre le contrôle de ma vie
"). Aux titres cités par la propagande officielle comme étant "phares", j'ajouterais indubitablement "L'Euro", qui est le morceau le plus rentre-dedans tant dans l'écriture ("C’est la tactique / Imaginée par les plein d’tunes, pour satisfaire leur politique / leur soif de pouvoir sans scrupule / sous un couvert démocratique") que dans la zique bien speed, et avec son break "Hymne à la joie" (qui est l'hymne européen), c'est un vrai délice ce titre.
Et là pour le coup c'est pas moi qui ait écrit la notice sur la distroy (mais ça ne m'aurait pas dérangé).


On récapépète :
- "Speed date with the devil", R'n'Cs , Trauma Social, 2012
- "New Blood", Gastéropode Killers, Trauma Social, 2012
- "Banqueroute", Les Slugs, Aredje, 2012 (en fait, c'est décembre 2011, mais bon on va pas chipoter)


mercredi, février 15 2012

Bonne année 2012 !

(ces voeux vous ont été souhaités dans le numéro 3 de "Vive l'(a)social !")



Juillet 2012. La canicule est installée, le temps est un peu partout orageux. Un mystérieux virus informatique remplace le bouton "I like" de Facebook par "this is shit". La contagion se fait rapidement de profil en profil, et de sites en sites à l'extérieur du fameux hypermarché de lien social. Les internautes se prennent au jeu et les compteurs de "c'est de la merde" explosent. L'agressivité gagne petit à petit l'ensemble du web 2.0, en quelques semaines les réseaux sociaux commerciaux ne sont que flots de haine et d'invectives. Souhaitant comme à leur habitude protéger leur image, les grandes marques retirent leurs budgets publicitaires à ces média pétris de haine. Privé de publicité, Facebook s'écroule en bourse. La CIA qui a investi 40 milliards dans FB réclame la propriété des serveurs et de leur incommensurable volume de données personnelles. C'est la panique à bord, les données fuitent de toutes part ; syndicalistes, gays, adultères, dissidents, anarchistes, tout est étalé sur la place publique, les flics, drh, dictateurs, identitaires, n'ont qu'à se connecter pour faire leur marché. A la haine s'ajoute un vent de panique. Effrayés par la capacité de nuisance d'un web réduit à un immense centre commercial, les internautes n'osent même plus relever leur mail. Les ventes de smartphones, tablettes et autres merdouilles "communicantes" s'effondrent du jour au lendemain. Les coupures des budgets publicitaires déjà entamées peu de temps auparavant s'accélèrent ; 20 minutes, Metro, direct machin, et tous les publi-journaux disparaissent. Le contrôle social exercé par l'injection quotidienne d'anesthésiant publicitaire diminue fortement. Malgré l'efficacité résistante des lobotomies continuellement répétées par les médias classiques, l'appel d'air non pollué provoqué par l'explosion subite de Facebook et la disparition de la publipresse entraine une baisse rapide de la consommation  générales des merdes en tous genre. Et l'on constate fort logiquement une chute des cas de surendettements, provoquant effroi et torpeur au sein des organismes de crédits revolving ; le matraquage publicitaire étant leur principal pourvoyeur de clients. Ces mêmes organismes de crédits auront un instant de répit quand le gouvernement coupera les subventions aux resto du coeur et fera voter en urgence une loi condamnant à de lourdes peines de prison le vol de nourriture.
Devant les chutes en cascade des principales valeurs du CAC40, les petits actionnaires décident de passer à l'action avec leurs petits poings. Ils prennent d'assaut divers conseils d'administration et bloquent l'accès aux bureaux d'études et aux centres de décisions. Empêchant les salariés non-actionnaires d'aller bosser. Ces derniers commencent à comprendre que collègues ou pas collègues, les actionnaires font vraiment chier. Ici aussi la colère monte ; sale temps pour le patron, sale temps pour l'actionnaire. Ca gueule à tous les étages, le "salarié-actionnaire" cet oxymore rendu possible par la volonté de quelques machiavels à grosse tête bien pleine de conneries arrogantes autant que socialicides, est mort ; salarié ou actionnaire, choisis ton camp (connard ou camarade, c'est selon). La valse des dominos est lancée, les bourses s'écroulent les unes à la suite des autres.
S'effondrent les bourses, sortent les piques.
Janvier 2013. Seules les coopératives ont survécu, le virus de la hiérarchie est éradiqué.

abFab


Burning Heads - An 01

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