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lundi, mai 30 2011

CPF fin

Voilà. Vendredi dernier, j'ai fait ma dernière activité en prison. L'examen du DAEU commence le 14 juin, on est loin d'avoir suffisamment travaillé pour plein de raisons - pas de cours pendant les vacances et mes propres examens, la difficulté pour A. de se concentrer suffisamment longtemps, et de réviser pendant la semaine. En cause : son emploi du temps très chargé, et malheureusement ses problèmes personnels.

Je reviendrai juste sur une intervention en particulier : ce jour-là, il y avait A., comme d'habitude, mais aussi une amie à elle, I., qui était simplement curieuse des activités Genepi et a décidé de rester avec nous. Il fallait d'abord, comme d'habitude, attendre l'arrivée du prof pour qu'il nous ouvre la salle. Je voulais attendre devant avec d'autres détenues, qui attendaient quant à elles l'ouverture de la bibliothèque.. A. a refusé, et m'a entraînée plus loin : "C'est mort, moi j'attends pas avec des filles-là. Y en a qui ont commis des infanticides, moi ça me révolte. Je m'énerve facilement et ça finit en baston, je me suis déjà pris du mitard pour ça... On me dit de pas juger les gens, mais je peux pas m'en empêcher : ils m'ont mise en taule, d'accord, mais mes idées elles sont pas en prison. Je supporte pas qu'on fasse du mal à un enfant, c'est normal." Impossible de la raisonner...

Pendant le cours, I. a beaucoup de difficultés à lire. Elle n'a presque pas ouvert un livre depuis qu'elle a quitté l'école alors qu'elle était tombée enceinte, en première; elle n'avait pas imaginé que la lecture serait aussi pénible pour elle, et cela la motive à s'y remettre après toutes ces années. A. la soutient beaucoup, je trouve leur amitié touchante.

Puis elles me parlent de leurs révoltes : "La semaine dernière, y a une meuf qui a fait une tentative d'évasion. Elle avait un jour de permission avec une bonne soeur, un moment la soeur est allée aux toilettes et elle en a profité pour se barrer. Au final, on l'a retrouvée, et tu sais ce qu'elle s'est pris ? Dix jours de confinement, dans sa propre cellule, avec sa télé et tout. Nous, pour que dalle, on se prend du mitard, c'est n'importe quoi."

Puis elles enchaînent sur l'inégalité des peines qu'elles ressentent comme une injustice. Elles m'expliquent que, toutes les deux trafiquantes et récidivistes, elles ont écopé de cinq ans de prison, et qu'elles peuvent espérer au mieux deux mois de remise de peine. En revanche, elles côtoient des détenues qui ont commis un meurtre, qui ont pris quatorze ans, et qui en font quatre avec les remises de peine. "C'est dégueulasse ! Ici, on traite mieux les criminelles que les trafiquantes. Mais nous, on n'a pas tué. On nous dit que vendre de la drogue, c'est détruire des vies de manière indirecte. Mais non, c'est pas pareil : nous, on a commis des délits, c'est tout." 

Ce qui m'a impressionnée cette année, c'est la hiérarchie que les détenues établissent entre elles, et qu'elles clament haut et fort. Elle soulignent toujours qu'elles sont moins horribles que d'autres, qu'elles ont plus de morale, et, il faut le reconnaître, elles sont souvent sans pitié avec celles qui ont commis des crimes...

Maintenant, A. va passer son DAEU, et normalement commencer une formation en liberté conditionnelle au Mans, tout près de l'école de son fils de 6 ans. On va garder contact, même si c'est interdit... Je ne peux pas envisager de couper tout lien avec elle, pas avec ce qu'on a partagé depuis plusieurs mois.

Voilà, maintenant c'est fini. L'an prochain je pars à Boston, et à mon retour je reviendrai au Genepi, parce que c'est une expérience incroyable. Je suis contre les prisons, mais beaucoup de détenus ont besoin que des gens viennent les voir de l'extérieur, encore plus si ce sont des bénévoles; ils savent qu'on n'attend rien en retour, qu'on est juste là pour eux. Etudiants, je vous encourage vivement à entrer au Genepi si vous en avez la motivation... Et non-étudiants, renseignez-vous sur les rares associations qui existent ! Apporte-leur votre soutien, partagez vos connaissances avec eux, ce sont avant tout des moments émouvants et précieux.

mardi, avril 19 2011

CPF suite

Ça fait un moment que je n'ai rien posté ici. Je continue bien sûr mon activité français en détention, mais toute seule maintenant car je me suis brouillée avec ma binôme. Je trouvais qu'elle n'était pas assez impliquée, elle saisissait la moindre occasion pour ne pas venir, alors j'ai préféré continuer seule. S. est revenue pendant un moment, j'avais donc deux détenues en cours, bien que ce soit interdit d'assurer seul un cours pour plus d'une élève. Mais là, elle est en arrêt psychiatrique. Les joies de la prison et de l'héroïnomanie...

A. n'aimait pas S., je vous en avais parlé. En fait, elle " n'aime pas les filles qui se cachetonnent ", selon ses propres mots. Elle me les décrit avec dégoût. Elle-même se droguait avant, c'est en rentrant en prison pour la deuxième fois qu'elle a tout arrêté. C'est peut-être pour cette raison que son emploi du temps est aussi chargé : elle s'occupe pour que le temps passe plus vite. Elle travaille le matin, elle fait les activités du Genepi chaque après-midi du lundi au vendredi, et elle fait du sport tous les jours. Elle adore le sport : " Quand on en fait, on oublie qu'on est en prison. On se défoule complètement..."

Un jour, je lui ai acheté des fiches, des petits classeurs pour les ranger, et des stylos de couleur. Je crois que c'est le moment le plus émouvant que j'ai vécu en prison depuis que j'ai commencé. Elle était tellement touchée... Ce qu'elle trouve toujours étonnant, c'est qu'on pense à elle même à l'extérieur, qu'on l'estime digne de cette attention. J'étais loin de me douter que ce petit coup de pouce pour ses révisions aurait un tel effet. Elle a un tel besoin de reconnaissance...

Parfois aussi, je ne sais pas vraiment comment réagir. Par exemple, A. s'est plainte de l'arrivée d'une détenue, une femme qui a tué six bébés. " Ils l'ont mise dans ma division ! Et elle n'a pris que quatorze ans ! Quand je pense que pour trafic de drogue, j'en ai pris cinq... C'est complètement disproportionné ! Elle aurait dû avoir une peine plus lourde pour ce qu'elle a fait. " C'était un peu gênant... J'ai essayé de la modérer un peu, mais ce n'était pas évident.

Une fois, j'ai rencontré une copine d'A., une fille adorable, qui me disait en riant : " T'es à Sciences Po Rennes ? Tu fais de la politique alors ? Bon alors quand tu seras présidente, tu mettras fin aux prisons ok ? " C'est une solution comme une autre, ouais. : )

Parfois aussi, A. ou S. se confient. Je n'en parlerai pas ici. Leurs problèmes sont autant liés à leur vie en prison qu'à leurs difficultés familiales ; l'un et l'autre se renforcent mutuellement, la détention étant un obstacle à l'apaisement de leurs problèmes familiaux, et les ennuis de leur entourage n'arrangeant pas leur situation en prison. 

Je finirai sur un triste événement survenu récemment, et dont on a, je crois, pas parlé du tout dans les médias : une détenue, au Centre pénitentiaire pour femmes où je suis bénévole, est morte suite à une implosion intestinale. Ses douleurs, jusqu'alors, n'étaient soignées qu'avec du Daffalgan. C'est A. qui me l'a raconté, en soulignant ainsi le cruel manque de soins. Dire qu'il y a quelques mois, une émission à la con présentait le CPF comme une " prison modèle "... 

Ça n'existe pas. Une bonne prison est une prison détruite.

mardi, mars 1 2011

Prison, radio, US (il est tard et j'arrive pas à trouver de titre moins évocateur pour faire genre mieux)

Comme vous l'avez sûrement remarqué, je fais une pause dans mes compte-rendus d'interventions en détention, pour deux raisons principales : d'abord, j'y passais pas mal de temps à chaque fois, et ces derniers temps j'ai été plutôt occupée ; ensuite, il faut avouer que je n'ai pas toujours beaucoup de choses à raconter. Il y a toujours des détails intéressants à retranscrire, mais pas de quoi rédiger des lignes...

Deux raisons auxquelles je pourrais ajouter une troisième : je ne sais pas toujours dans quelle mesure je ne trahis pas ces filles, qui nous font confiance pendant ces activités. Qu'il s'agisse de leurs confidences, ou plus simplement de leur façon de travailler ou leur comportement pendant les cours, elles donnent quelque chose d'elles qu'elles n'imaginent pas forcément voir retranscrit sur Internet. La solution peut paraître simple : pourquoi ne pas leur demander leur d'accord ? Malheureusement, c'est déjà aller trop loin par rapport mon statut de génépiste, en tissant un lien qui dépasse le cadre de mes interventions ; et c'est donc, bien sûr, formellement interdit.

Rapide retour sur l'émission de radio du GENEPI que j'ai co-animée il y a quelques semaines : très émouvant, drôle parfois, dédicaces musicales péraves (on a quand même eu les Sales Maj' à la fin, haha). Les messages les plus touchants étaient les lettres, de véritables poèmes ; on a même eu une demande en mariage d'un incarcéré pour une incarcérée. J'ai adoré faire cette émission, même si je préférerais mille fois qu'elle n'ait pas besoin d'exister !

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Pour changer de sujet, l'an prochain je vais à Boston (voir la photo ci-dessus pour juger de la formidabilité de la chose) à la University of Massachusetts ; dément s'il en est. Je vais surtout y étudier les Gender Studies, discipline incomparablement plus développée aux US qu'en France. J'ai hâte d'y vivre, de découvrir le pays (à commencer par NYC qui se situe à quatre heures de car - genre les messes gospel du dimanche matin à Harlem...), la bouffe végé au resto universitaire, la scène punk, les hordes de fans pendant la campagne présidentielle (eh oui, déjà) (mais je serai bien obligée de rater le bordel autour des élections en France, du coup), et tous ces trucs de fou.

Je remercie tous ceux qui m'ont dit leur intérêt pour mes petits textes sur la prison ; c'est vraiment chouette qu'ils soient lus. J'espère que vous comprenez pourquoi je fais un break, mais je reviendrai de toute façon ! D'ailleurs, à partir de la fin du mois d'avril, je devrais pouvoir intervenir également dans le Centre pénitentiaire pour hommes de Vézin-le-Coquet ; j'aurai donc beaucoup de nouvelles choses à raconter...

lundi, janvier 31 2011

CPF #4 et #5 (Jeudi 27 et lundi 31 janvier)

  Enfin, nous avons le programme de français pour le D.A.E.U : Don Juan de Molière et Une partie de campagne de Maupassant. C’est beaucoup de travail ; nous commençons Molière, mais la lecture est assez ardue, il y a des formulations qu’A. ne comprend pas. Elle est très fatiguée ce jour-là : le matin, elle avait fait son job rémunéré ; puis elle a suivi un cours d’anglais dispensé par un professeur ; elle est ensuite venue en français avec nous ; après l’activité, elle ira faire du sport. Toute cette énergie, c’est pour la liberté. Elle veut sortir. En conditionnelle dans deux ans ; mais avant, elle voudrait bénéficier d’un régime de semi-liberté : il s’agirait de suivre une formation la journée, et de rentrer le soir en prison. Le contenu de la formation, c’est secondaire : « Si je peux en faire une dans l’hôtellerie-restauration, c’est bien, j’en ai déjà fait une et ça serait peinard, du coup. Mais ce qui m’intéresse, c’est d’être dehors, prendre l’air, faire ma formation, fumer un p’tit joint le soir, tranquille, avant de rentrer. Et repartir le lendemain. » Elle ajoute qu’elle a fait les démarches, qu’elle essaye de monter un dossier, mais que son éducatrice ne fait rien pour l’aider ; la dernière fois, le ton est monté. « Elle est censé m’aider, hein ? Mais elle s’en fout, elle me dit que je m’éparpille, qu’il y a trop de choses dans mon dossier, que je m’y prends mal ; elle s’énerve, et c’est tout. » Nous discutons beaucoup : elle est trop fatiguée pour travailler, alors elle parle de ses frustrations. Elle essaie de s’occuper d’un autre dossier, celui de surendettement cette fois ; mais c’est la même chose : ça traîne depuis huit mois, on ne fait rien pour l’aider dans ses démarches.

  Le prof ouvre la porte : « Je suis passé voir S. et C. Elles ne sont pas en état de venir...» A. lui répond qu’elles n’auront jamais leur examen, que c’est peine perdue. Le prof dit qu’il aimerait avoir leurs cellules en face de son bureau, comme ça au moins il s’assurerait qu’elles ne se droguent pas ; pour lui, c’est du gâchis. Mais A. est catégorique : « Elles se débrouilleront toujours pour en prendre. Il n’y a rien à faire. » Evidemment, cette fois, il ne s’agit pas de méthadone. Je me sens parfaitement inutile ; presque candide. Nous venons avec la conviction que nous pouvons toutes les aider ; mais il n’y a qu’une détenue qui vienne régulièrement. Je repense aux paroles d’un enseignant en prison, qui avait fait une conférence pendant la formation du GENEPI : « Pour être capable d’étudier, il faut vivre dans un environnement calme, n’être dépendant ni de drogue ni d’alcool, ne pas avoir de soucis de santé, ne pas vivre dans un climat de violence... Aucune de ces conditions n’est remplie en prison. Le bruit est permanent, la drogue circule, les soins ne sont pas suffisamment assurés, la violence est partout. »

  Aujourd’hui, j’ai remplacé une autre génépiste en cours d’anglais : il y avait A. et S. La tension était palpable entre elles deux ; A., qui était en face de moi, me faisait des gestes exaspérés quand je la regardais, et faisait mine de lancer son stylo sur S. lorsque celle-ci était penchée sur son texte. A la fin du cours, Florian, mon binôme pour cette séance et qui est un ancien du GENEPI, m’a même dit qu’il avait sérieusement craint que l’une d’elle ne devienne violente. Quant à moi, j’ai été prise au dépourvu : plus le temps passe, plus j’ai d’affection pour A. ; mais je ne dois pas laisser s’instaurer une complicité entre nous deux, surtout lorsqu’elle essaie de m’associer à son irritation contre une autre détenue. Dit comme ça, ça paraît évident. Mais dans les faits, s’attacher à une détenue pose quelques problèmes que je ne sais pas forcément gérer...

dimanche, janvier 23 2011

CPF #3 (Jeudi 20 décembre)

  Après plus d’un mois sans intervention, je pensais que le retour serait difficile ; mais aussi étrange que cela puisse paraître, je me suis habituée. Présenter ma carte d’identité, attendre l’ouverture de la porte, demander une clé pour le casier, passer le portique, attendre une nouvelle fois que la porte s’ouvre, de même pour la suivante, demander mon badge, attendre une énième fois que la porte s’ouvre... La seule chose qui varie, c’est le temps passé à patienter, car il dépend du nombre de personnes qui entrent ou sortent en même temps que nous. C’est devenu presque une routine, et avec Teiss, ma nouvelle binôme, nous discutons tranquillement, presque indifférentes à l’ambiance qui auparavant me paraissait pesante, à toutes ces procédures qui mobilisaient toute mon attention. Désormais, la frontière qui sépare le «dedans» du «dehors» se dilue dans ma tête, et j’ai l’esprit à peine moins placide en entrant que lorsque je mangais un sandwich à la gare (située juste en face de la prison), quelques minutes plus tôt ; la comparaison est triviale, mais rien ne saurait mieux traduire ce que je ressens à ce moment-là : seulement l'impatience de les retrouver (bien que ce jour-là, nous ne verrons qu'A.), sans être vraiment touchée par l'atmosphère détestable du milieu fermé. Je ne sais pas s’il faut préférer le malaise interpellant ou le serein détachement... 

  Nous patientons un moment avant qu’A. n’arrive ; nous parlons un peu avec le prof. A ce stade de l’année, il m’insupporte : nous sommes en janvier, et il n’a toujours pas le programme du D.A.E.U. Or, pour y avoir accès, il faut apparemment un code payant. Notre inquiétude provoque l’hilarité du prof ; il n’a pas l’air de se sentir concerné le moins du monde. Malgré mes recherches, je n’ai trouvé aucune information sur le contenu précis du programme, mais dès demain, je prendrai les devants et contacterai l’université. Je m’en veux de ne pas l’avoir fait plus tôt, mais à chaque fois, on nous avait promis de nous donner les informations prochainement ; j’étais naïve. Maintenant, j’ai compris qu’on ne croyait pas suffisamment en ces filles  pour leur donner les mêmes chances qu’à n’importe quel candidat «classique», et je suis profondément écoeurée. Dans les prisons qui se targuent de  favoriser la réinsertion, on se plaît à saboter sciemment tout ce qui leur permettrait d’y parvenir. Est-ce parce que la motivation première de ces candidates est de bénéficier d’une remise de peine, grâce à leur réussite à l’examen ? Et alors ? Elles en ont le droit ; par ailleurs, les autres conséquences d’un succès au D.A.E.U ne sont pas négligeables pour des personnes qui n’ont connu que l’échec scolaire. Mais ici, cela n’intéresse personne.

  A. arrive ; énergique et souriante, comme toujours. Elle a travaillé le sujet que nous lui avions donné la dernière fois, lequel se présente à peu près comme ceci : «Comment expliquer l’attrait exercé par les sectes sur certains de nos contemporains ?» N’ayant pas connaissance des oeuvres au programme, nous n’avons toujours d’autre choix que de trouver des sujets très généraux dans les annales du D.A.E.U, pour les habituer à la méthode de la dissertation. Nous avons d’ailleurs décidé de changer de procédé : plutôt que de proposer et d’expliquer un corrigé que nous avons fait chez nous, nous élaborons le devoir avec elles. Cela permet de les familiariser au mieux avec la méthode en les faisant participer à toutes les étapes du devoir, tout en atténuant la dichotomie prof/élève avec laquelle nous ne sommes pas à l’aise. C’est donc uniquement à partir des idées d’A. que nous construisons un plan ; elle a vu récemment une émission sur les Mormons, et en a tiré beaucoup d’éléments, qui s’ajoutaient évidemment à ce qu’elle savait déjà sur la scientologie, les témoins de Jéovah... Elle n’est pourtant pas très confiante lorsqu’elle doit choisir des titres de parties et les organiser, alors nous l’aidons. A la fin du cours, elle décide qu’elle rédigera le devoir dans son intégralité dans sa cellule d’ici la semaine suivante. C’est beaucoup de travail, sachant qu’elle a un job ici, et je lui propose de ne rédiger que la moitié, mais elle insiste. 

  Je lui demande comment s’est passé le concert de ragga la dernière fois ; elle répond qu’elle a adoré, et qu’une personne extérieure qui était présente, avait trouvé la prestation du groupe bien meilleure en prison que lorsqu’ils avaient joué au festival Trans’musicales, à l’extérieur. A. est ravie.

  En sortant de la salle de classe, A. nous accompagne car elle est convoquée : elle n’est pas allée au travail le matin-même, car elle se sentait mal et ne voulait pas se rendre à l’infirmerie, l’attente étant trop longue ; elle redoute ce qu’on va lui dire. Elle nous dit également qu’elle est là depuis seize mois, et qu’elle a pris cinq ans ; elle est libérable en 2012, mais étant récidiviste, elle peut espérer sortir dans deux ans...

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